Tourisme

Salve d'indignation contre les safaris valaisans

Une pétition en ligne vise à interdire la chasse au trophée orchestrée dans le canton. Le conseiller d'Etat responsable envisage une interdiction de cette pratique

La bête est surprise, trébuche et agonise. Le touriste est fier de son coup et repartira avec son trophée: les cornes d’un bouquetin valaisan. Pourtant organisés dans le canton depuis des décennies, les safaris attirent les regards indignés de citoyens. Ils sont plus de 18 000 à avoir signé une pétition en ligne qui demande à ce que «cette chasse honteuse» cesse.

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Lancée lundi 4 novembre, à la suite de la diffusion d’une enquête de l'émission Mise au point, cette pétition sera envoyée à l’Etat du Valais, dont les caisses sont renflouées à hauteur de 650 000 francs par an par cette pratique. Son initiatrice, valaisanne, ignorait tout de ces safaris dont le montant avoisine les 20 000 francs. «J’étais époustouflée devant ma télévision, raconte Nicole Maret. J’ai signé des pétitions contre l’exploitation animale dans le monde. Mais là, ce que je voyais à la télévision se passait chez moi!»

«Un tire-pipe organisé»

Elle a reçu plusieurs messages de signataires et affirme que la majorité d’entre eux n’avaient pas non plus connaissance de ces chasses commerciales dans le canton. «Ces touristes peuvent trouver des cornes pour décorer leur salon simplement en marchant dans la montagne, ajoute-t-elle. Nous sommes en colère et espérons que l’Etat réagisse.» En ce sens, les Verts valaisans ont l’intention de faire une interpellation urgente au Grand Conseil et de déposer une motion pour que la loi sur la chasse soit révisée. Le conseiller d'Etat valaisan Jacques Melly a annoncé dans l'émission Forum du 5 novembre que le projet d'interdire des tirs clients était en cours depuis le mois d'avril.

Les chasseurs de la région s’exaspèrent de cette situation et se considèrent victimes d’un amalgame. «Cela n’a strictement rien à voir avec la chasse, c’est un tire-pipe organisé, déclare Christian Fellay, responsable sécurité et tir de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse. Ils marchent quelques mètres avec deux cannes et ils arrivent à tirer un bouquetin à 10 mètres: c’est l’antithèse de la passion de la chasse. Et cela fait quarante ans que le Valais laisse ceux qui ont des moyens financiers tirer.»

Une raison d'être ou du sens

Le bouquetin est une espèce indigène, réintroduite en Suisse, et protégée au niveau national, «mais sa chasse est possible dans les zones où il y a suffisamment d’individus, précise Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura. Ce n’est pas une espèce qui fait des dégâts, comme le chevreuil ou le sanglier, donc on est plus dans une chasse de loisir qu’une vraie régulation.»

L’organisation de protection de la nature ne se positionne pas contre la chasse, mais dénonce certains courants dont la chasse spectacle. «Ces safaris sont des chasses au trophée qu’il est difficile de défendre auprès du public, notamment d’un point de vue éthique, estime-t-il. La chasse peut être acceptée pour autant qu’elle ait une raison d’être ou bien du sens.»

Un argument scientifique manque ainsi à la justification de cette forme de tourisme. Les cibles privilégiées de ces chasses spectacles sont les vieux individus, dont les cornes sont plus longues. «Alors qu’on sait que les colonies de bouquetins souffrent d’appauvrissement génétique, on chasse les vieux reproducteurs, soit ceux qui ont le plus large bagage génétique», indique Nicolas Wüthrich. Et de conclure: «Nous devons développer un plan de gestion et une coordination transfrontalière – les bouquetins sont aussi une espèce protégée en France et en Italie – basée sur les connaissances de cette espèce.» Et pas uniquement sur les revenus que sa chasse peut générer.


Actualisation de l'article le 6 novembre, dans le chapeau et le 3e paragraphe.

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