Cette crise a vu émerger de nouvelles personnalités. Des médecins, des scientifiques, ou d’autres acteurs clés du semi-confinement. Parmi eux, Samuel Rohrbach, la voix des profs. A la tête du Syndicat des enseignants romands depuis quatre ans, le Jurassien est devenu un personnage incontournable. Durant plus de deux mois, il n’a cessé de relayer dans tous les médias les craintes de ses collègues, leur inventivité et leur engagement dans cette nouvelle forme d’enseignement. Réagissant très rapidement, à toutes les décisions du Conseil fédéral ou des cantons sur les écoles, il en a toujours profité pour glisser quelques revendications et valoriser son métier. Attendu pour un syndicaliste.

Depuis une semaine, Samuel Rohrbach a également retrouvé ses élèves de l’Ecole secondaire du Val Terbi, située à Vicques, tout près de Delémont. Cette année, il y enseigne l’histoire et l’économie: «Tout s’est bien passé. Malgré une certaine peur liée au virus, nous avons tous eu beaucoup de plaisir à revoir les enfants. Nous avons dû nous habituer à enseigner différemment. Le plus dur, pour moi, est de ne pas pouvoir aller directement vers les élèves lorsqu’ils ont des questions.» Des propos éloignés des prises de position très tranchées de sections lémaniques qui dénonçaient une réouverture précipitée des écoles et reprochaient aux autorités de faire des enfants et des enseignants des cobayes: «Nous avions des craintes. C’était compliqué car Daniel Koch et la task force du Conseil fédéral ne disaient pas la même chose sur les risques. Et la peur est encore là. Certains collègues ne vont toujours pas à la salle des maîtres.» Regard grave, il ne dissimule pas son inquiétude: «Une deuxième vague serait terrible, il faudrait réorganiser l’école à la maison ou en tout cas trouver une solution mixte.»