Huit projets pour 1,5 milliard de francs: le programme d'armement 2006 (PA 2006) que vient d'approuver le Conseil fédéral promet de vifs débats au parlement. Conscient de la difficulté de la tâche qui l'attend, Samuel Schmid a présenté jeudi son programme avec énergie. Les chars de génie et de déminage, refusés par le parlement en 2004, y figurent à nouveau. Le Conseil fédéral propose d'en acquérir douze, pour la somme de 139 millions de francs. Alors que la gauche fait part de ses critiques, le ministre de la Défense sera cette fois soutenu par son parti, l'UDC.

Au menu du programme d'armement 2006, dont le montant est le plus important demandé depuis 1997, figurent également un nouveau système de conduite et d'information pour les forces terrestres pour contrer les nouvelles menaces (424 millions de francs), la transformation de chasseurs de chars en véhicules de commandement «blindés ou offrant une protection contre les éclats» (126 millions) et un programme de «maintien de la valeur» pour l'hélicoptère de transport 89 Super Puma (194 millions) et pour les chars Leopard 87 (395 millions). Par ailleurs, le PA 2006 propose l'acquisition de six avions PC-21 qui serviront, à partir de 2010, à l'instruction des pilotes d'avion à réaction (115 millions). Dernier point: le simulateur de F/A-18 et l'installation électronique d'instruction au tir pour les chars Leopard 87 seront remplacés par des systèmes modernes (pour respectivement 69 et 39 millions).

Le PA 2006 concerne la période 2008-2011. Une étape de la réforme d'Armée XXI qui s'articule principalement autour de la réduction des capacités de défense contre une attaque militaire au profit des moyens pour les engagements subsidiaires et de sûreté sectorielle. Le Département fédéral de la défense (DDPS) insiste sur le fait que les huit projets se répercutent positivement sur l'emploi en Suisse puisque la production directe à l'intérieur du pays se monte à 820 millions de francs (soit 55%) et défend son programme en soulignant qu'un «noyau» complet doit être assuré pour répondre à une attaque conventionnelle. «Il s'agit de moderniser l'armée sans toutefois en faire une armée high-tech», a insisté Samuel Schmid.

Pour ce qui est des chars, refusés dans le cadre du programme d'armement 2004, le conseiller fédéral déclare que les douze exemplaires demandés représentent le «strict minimum» envisageable. But du projet d'acquisition: maintenir la compétence de défense à un niveau technologique moyen, tout en n'équipant que le noyau de la montée en puissance nécessaire, et garantir l'instruction, insiste le DDPS. Il souligne qu'il ne s'agit pas véritablement d'une nouvelle acquisition puisque ces chars seront réalisés sur la base de châssis de chars Leopard 87 excédentaires. Les chars de génie et de déminage doivent notamment permettre de franchir rapidement un éventuel barrage de mines. «Ils pourront aussi servir à soutenir les autorités civiles en cas d'inondations, de glissements de terrain ou encore de tremblements de terre», précise le chef de l'Armée, Christophe Keckeis. «Et en cas d'attaque terroriste, ils seront bien utiles si des axes de communication et des quartiers entiers de ville sont bloqués», insiste Samuel Schmid. «La Suisse n'est pas encore au centre des menaces terroristes, mais qui peut me dire jusqu'à quand?» a-t-il poursuivi sur un ton presque alarmiste.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) refuse «catégoriquement» le PA 2006, qu'il juge «insensé, douteux et exemplaire de l'économie de copinage en matière d'acquisition d'armement». Il brandit déjà la menace du référendum. Le conseiller aux Etats socialiste Michel Béguelin qualifie, lui, le «doublement» du programme à 1,5 milliard de francs «d'irresponsable». Dans son communiqué, le PS exige plus particulièrement de renoncer au maintien de la valeur des chars Leopard 87 et à l'achat de chars de génie, car «on ne fait pas la chasse aux terroristes avec de lourds chars de combat».

Sur le principe favorable au PA 2006, le PDC émet des réserves sur les chars. Il souligne timidement qu'il «faudra s'attendre à des questions du PDC concernant la stratégie générale dans ce domaine». Interrogée récemment par Le Temps sur ce qu'elle aimerait apporter au Conseil fédéral, la présidente du parti Doris Leuthard avait déclaré: «Le sens des priorités. Aujourd'hui le Conseil fédéral n'en a pas. Si nous voulons augmenter le budget dévolu à la recherche et à l'innovation, il faudra aller chercher l'argent dans d'autres domaines. Nous devrions pouvoir dire que la Suisse n'a peut-être pas besoin de nouveaux chars pour ces quatre prochaines années.»

«L'UDC analysera encore le programme en détail, mais comme aucun projet n'est entièrement lié à des engagements de l'armée à l'étranger, nous sommes satisfaits», commente le porte-parole du parti Roman Jäggi. Satisfait également, le secrétaire général du PRD Guido Schommer parle de son côté du PA 2006 comme offrant une «solide base de discussion». «Nous regrettons en revanche que les avions de transport n'y figurent pas, mais comprenons qu'il serait politiquement difficile de revenir aussi rapidement avec cette proposition», analyse-t-il «Nous espérons qu'ils figureront dans un des prochains programmes d'armement.»