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FRONTIERE

Samuel Schmid, président de la Confédération: «Mes doutes sur Schengen se sont dissipés»

Samuel Schmid a longtemps craint que l'accord n'affaiblisse la sécurité du pays. Il s'est peu à peu convaincu du contraire.

Le président de la Confédération, Samuel Schmid, défend l'accord de Schengen/Dublin. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. L'an dernier encore, il était sceptique. Il n'était d'ailleurs pas le seul, car le rapport de force au sein du gouvernement a longtemps été de quatre contre trois. Deux membres du collège ont depuis lors changé d'avis: Samuel Schmid et Hans-Rudolf Merz. Le rapport de force est passé à six contre un. Seul Christoph Blocher continue de vitupérer contre Schengen, comme il l'a fait dimanche dernier. Samuel Schmid n'a pas souhaité prendre position sur cet écart condamné par le monde politique, à l'exception de l'UDC. Il a néanmoins rappelé qu'il condamnait «toute atteinte à la collégialité».

Le Temps: En 1999, le Conseil fédéral estimait que l'entrée de la Suisse dans Schengen n'était pas d'actualité. Pourquoi y est-il aujourd'hui favorable?

Samuel Schmid: A l'époque, la politique de l'UE consistait à n'offrir les avantages de Schengen qu'aux pays membres de l'Union. Elle a toujours dit qu'il n'était pas possible à un pays non membre de participer à Schengen et d'avoir accès à la banque de données SIS. On n'aurait pu avoir accès à Schengen qu'en adhérant à l'UE, et il n'en était pas question. Par la suite, dans le contexte des négociations bilatérales sur la fiscalité de l'épargne, il a été possible de lier les deux dossiers.

– Un parti que vous connaissez bien traite aujourd'hui le Conseil fédéral de girouette.

– Ces reproches ne sont pas fondés. Si le Conseil fédéral a changé d'avis, ce n'est pas par opportunisme. C'est au contraire le fruit d'une analyse de la situation. Quand on s'aperçoit que le profit pour le pays est plus important, il convient de revoir sa position. Chaque gouvernement, chaque parlement, chaque citoyen est amené un jour ou l'autre à agir ainsi. On est de temps en temps obligé de changer d'avis non par opportunisme, mais parce que la situation a changé. Je crains plus les gens qui ne bougent jamais que ceux qui sont prêts à bouger s'il est raisonnable de le faire.

– Vous-même, en tant que citoyen, vous avez longtemps été sceptique vis-à-vis de Schengen.

– Au début des années 90, j'étais clairement pour l'EEE. Le peuple en a décidé autrement. A partir de là, nous avons suivi la voie bilatérale et je poursuis toujours cette politique. Le peuple l'a d'ailleurs confirmée plusieurs fois, lorsqu'il a rejeté l'initiative «Oui à l'Europe!» et approuvé les Bilatérales I. Je reste fidèle à la volonté exprimée par la majorité du peuple, mais cela ne veut pas dire qu'il faille tout accepter. A l'aboutissement de chacune des négociations, il faut examiner si les résultats sont vraiment avantageux pour notre pays. A propos de Schengen, j'ai eu des doutes. Le dossier m'a paru problématique jusqu'au moment où les cantons et les gardes-frontière se sont entendus pour la responsabilité de la sécurité à partir de la frontière suisse. C'est à l'automne dernier qu'ils ont réglé cette question. La solution trouvée fait qu'on n'a plus deux responsables sur un même espace, mais bien un seul responsable sur chaque espace. Cette question réglée, les avantages de Schengen sont devenus plus visibles. Il s'agit avant tout de l'accès au SIS. Si vous poursuivez des criminels ou recherchez des biens volés, un atout primordial est la vitesse. Le SIS apporte un plus de ce point de vue. Chaque accord a des inconvénients et des avantages. Au bout du compte, le bilan que l'on peut dresser de Schengen est plutôt positif.

– C'est donc à l'automne dernier que vous avez été convaincu que Schengen présentait un bilan positif?

– Pour moi, il restait des questions ouvertes comme ce problème de sécurité et celui du secret bancaire. La première expertise du professeur genevois Xavier Oberson n'était pas si favorable. Mais le processus était encore en train d'évoluer. Je crois que le résultat finalement obtenu au terme des négociations présente plus d'avantages que d'inconvénients, et le professeur Oberson a lui aussi porté un jugement différent.

– On peut dire que le Conseil fédéral a très longtemps douté.

– Nous en avons souvent discuté. Nous avons tenu plusieurs séances qui se sont terminées par le constat que l'on risquait de courir à l'échec. Nous étions prêts, en cas de besoin, à renoncer à poursuivre les négociations. Nous avons aussi manœuvré avec les dossiers qui présentaient un intérêt pour l'UE. Nous avons réussi à éviter de négocier sur la place publique, et les décisions ont été prises pas à pas. Pour le Conseil fédéral, c'était aussi un processus évolutif. Au bout du compte, je peux dire que ces négociations sont parmi les meilleures que nous ayons jamais conduites. Il faut maintenant se prononcer sur la base des résultats obtenus et de rien d'autre.

– Vous savez que les gardes-frontière nourrissent encore quelques doutes sur la façon dont le système va fonctionner. Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que la collaboration avec les polices cantonales va être fructueuse?

– Dans la mesure où la responsabilité de chacun est claire, ça va fonctionner. Tous les cantons de même que les gardes-frontière ont accepté ce système. La question de la coordination est ainsi réglée. Et la solution qui a été trouvée est raisonnable.

– L'armée est l'un des piliers de la sécurité. Dans quelle mesure Schengen change-t-il quelque chose pour elle? Est-il complètement exclu que, dans le cadre de Schengen, elle puisse intervenir à la frontière pour des missions subsidiaires?

– Cela ne changera pas grand-chose. Les missions de l'armée pour la sécurité intérieure resteront subsidiaires. Si on a besoin de l'armée, elle sera prête à mettre ses moyens à disposition.

– Les opposants à Schengen prédisent un afflux massif de criminels. Que répondez-vous à ces affirmations?

– Si l'on s'en tient aux statistiques, on observe que la criminalité recule dans les pays voisins. Je ne vais toutefois pas en tirer de conclusions définitives, car les situations peuvent changer très vite, que nous fassions partie de Schengen ou non. Aujourd'hui, je dois cependant constater que la frontière suisse peut être traversée sans difficulté et sans contrôle. Aux passages officiels, seules 3% des personnes sont contrôlées de manière approfondie et 15% subissent un contrôle de leurs papiers. Toutes les autres ne sont pas vraiment contrôlées. Il n'y a pas besoin d'être très rusé pour entrer en Suisse en évitant les contrôles. Ce n'est pas un reproche à l'adresse des gardes-frontière, qui font très bien leur travail, mais c'est la situation que l'on rencontre aujourd'hui. Si l'on peut, comme le propose Schengen, concentrer le dispositif de sécurité dans un espace situé à l'arrière de la frontière, je crois que les possibilités d'arrêter les criminels augmenteront car on jouera davantage sur l'effet de surprise. Cela me ramène au SIS. A quoi sert-il, comme c'est le cas actuellement, de contrôler un criminel à la frontière si l'on ne sait pas que c'est un criminel parce qu'on n'a pas accès aux banques de données où il est répertorié? A rien. Avec le SIS, ces informations seront rapidement accessibles.

– En complément à Schengen, il y a l'accord de Dublin sur l'asile. Avez-vous toujours considéré que cet instrument était utile pour la politique d'asile suisse, ou votre appréciation a-t-elle aussi évolué sur cette question?

– Il a toujours été évident pour moi que Dublin nous apporte des avantages. Aujourd'hui, grâce à cet accord, un requérant d'asile débouté par un pays de l'UE ne peut pas déposer de demande dans un autre pays de l'UE. Que fait-il alors? Il vient en Suisse. Nos procédures lui permettent d'y rester plusieurs mois, voire plusieurs années, en attendant qu'une décision soit prise. Quand on n'a plus d'espoir pour son avenir, passer quelques années en Suisse est toujours bon à prendre, même si l'on est sous le coup d'une procédure judiciaire. Sur ce point, l'adaptation de notre législation est plus importante que l'accord de Dublin. Le Conseil fédéral et le parlement sont d'ailleurs en train de faire le nécessaire pour rendre la Suisse moins attractive. Mais Dublin apporte un complément nécessaire, puisqu'il permet de savoir si un requérant a déjà déposé une demande ailleurs et d'avoir en quelques minutes des renseignements dactyloscopiques à son sujet. C'est donc un atout supplémentaire.

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