A peine la réforme de l'armée acceptée, les difficultés s'enchaînent pour Samuel Schmid. Il y a un mois, le chef du Département de la défense (DDPS) avait été contraint d'annoncer qu'une centaine d'employés de l'armée à qui l'on avait promis leur mise à la retraite anticipée seraient obligés de continuer à travailler durant un ou deux ans. C'est mardi qu'ils auraient dû commencer leur nouvelle vie. Le conseiller fédéral attend cette semaine encore le résultat de l'enquête qu'il a ordonnée.

– Plus d'une centaine de personnes de votre département ont été mises à la retraite trop tôt. Comment une telle erreur a-t-elle pu survenir?

Samuel Schmid: Voyez-vous, d'un côté je dois restructurer et réduire le personnel, et de l'autre j'ai des conditions cadres, définies par le budget. J'ajoute qu'il n'y a jamais eu de crédit disponible pour la mise à la retraite anticipée des 135 personnes concernées au sein du DDPS. Elles ont, semble-t-il, reçu des promesses de la part de leur supérieur ou de leur responsable du personnel. Ces promesses n'étaient pas tenables: le département n'a jamais avalisé ces mises à la retraite anticipées. Mais j'ai encore demandé une enquête, pour que chaque situation personnelle soit étudiée en détail.

– Et où en est cette enquête?

– Elle est en cours et j'ai bon espoir qu'elle soit terminée avant la pause estivale (dans une semaine, ndlr). Certains pourront alors tout de même partir en retraite anticipée, mais à ce stade, je pense que cela ne concernera que le cinquième ou peut-être le quart d'entre eux. La majorité devra rester. Restructurer ne signifie pas foncer sauvagement vers un objectif. Je dois agir dans le cadre légal.

– Les personnes concernées par ces mises à la retraite erronées ont-elles reçu une lettre d'excuses de votre part?

– Elles ont reçu un courrier de leurs responsables respectifs. Je ne peux malheureusement pas passer par-dessus tous les échelons et m'adresser directement à eux. Mais je me suis déjà excusé publiquement au sujet de cette regrettable affaire il y a plus de trois semaines.

– Il s'agit cependant d'une situation assez exceptionnelle…

– Je peux seulement dire que nous devons examiner tous ces cas. Je veux aussi que les responsables de ces fautes soient identifiés et affrontent eux-mêmes les personnes concernées. Cette affaire nous a également incités à examiner les canaux de communication au sein du département

– Alors, pas de lettre personnelle?

– Je ne peux pas être en contact personnel avec les 13 500 employés du DDPS. Mais dans ce cas, la tentation d'écrire une telle lettre est très grande. Après la fin de l'enquête, j'imagine toutefois que les personnes touchées recevront par la voie de service une lettre de ma part.

– Qu'adviendra-t-il des responsables?

– C'est la deuxième priorité: il s'agit de mesurer le degré de responsabilité de chacune des personnes impliquées. Elles aussi ont le droit d'être écoutées. Je ne peux pas en dire davantage sur cette procédure pour l'instant. Simplement ce chiffre: je dois, entre 2002 et 2010, réduire le personnel de 20%. Je dois procéder de manière socialement acceptable d'un côté, mais aussi respecter un budget de l'autre. Dans cette situation, ma marge de manœuvre est très étroite et j'ai donné les directives dans ce sens: celles-ci n'ont apparemment pas été respectées.

– Vous militez pour une meilleure utilisation de l'expérience des personnes plus âgées, mais en même temps, vous envoyez à la retraite une dizaine de généraux avec un savoir-faire énorme…

– Pour certains d'entre eux, nous avons pu trouver une occupation dans des projets ou des fonctions de remplacement au sein d'Armée XXI. La loi sur le personnel de la Confédération garantit à ces personnes une fonction équivalente à leur poste précédent. Une solution externe à l'armée est aussi possible. Mais je ne peux pas les affecter n'importe où.

– Le «rappel au travail» se fonde-t-il sur votre conviction qu'il faut stopper et inverser la tendance à envoyer les gens en retraite anticipée?

– Non. Comme je l'ai expliqué, ma démarche doit se comprendre par rapport aux conditions cadres budgétaires. Mais cela ne veut pas dire qu'en général, essayer d'atteindre un âge de la retraite plus adéquat soit une mauvaise chose. Ce qui se passe aujourd'hui est en quelque sorte contraire à la nature: en Suisse, on sort les gens du marché du travail en les envoyant à la retraite de plus en plus tôt, bien qu'ils aient beaucoup d'expérience et qu'ils soient encore aptes à travailler. Il est clair qu'il existe des professions dans lesquelles certains individus ne peuvent plus travailler. Mais aujourd'hui, nous devons trouver des solutions pour beaucoup de personnes qui ont des problèmes psychosomatiques lorsqu'ils ne sont plus «utiles» du jour au lendemain. On devrait leur permettre d'arrêter de travailler de façon progressive. Comme l'AVS dépend du dernier salaire, ils n'y sont pas encouragés. Il faudrait changer cela et abandonner la primauté du salaire pour calculer la rente en fonction du volume de cotisation.

– Est-ce que vous avez philosophé à ce sujet avec votre collègue Pascal Couchepin?

– Nous nous comprenons très bien et nous pouvons naturellement discuter ce genre de choses. Du reste, le Conseil fédéral n'a pas encore fait de proposition concrète.

– Si Pascal Couchepin avait présenté les choses à votre manière, les réactions auraient peut-être été moins mauvaises…

– Mon idée n'est pas nouvelle. Celle de Pascal Couchepin non plus d'ailleurs. Il a simplement mis les faits sur la table. Mais c'est une bonne chose: cela nous oblige enfin à agir pour rechercher des solutions.

– Une autre affaire agite le DDPS: certains hauts gradés se sont laissé inviter par Omnisec, un fournisseur de l'armée. Allez-vous les sanctionner?

– Là aussi, une enquête est en cours. Mais à ce stade, il n'est vraiment pas dit que les avantages acceptés par les militaires suisses aient servi à les corrompre. Cela dit, nous soutenons pleinement le Ministère public dans son enquête.

– Est-il normal, au DDPS, de se laisser inviter pour un week-end à l'opéra?

– Non, ce n'est pas normal. Les personnes concernées ont commis une erreur. Mais je tiens à préciser que les frais qu'ils ont eux-mêmes assumés pour pouvoir aller à l'opéra à Orange avec leur compagne dépassaient de loin la valeur du cadeau offert par Omnisec, à savoir le repas et les billets d'entrée. On ne peut donc pas leur reprocher d'en avoir retiré un avantage financier. Mais suivant le résultat de l'enquête, cela peut avoir des conséquences directes pour les personnes concernées. Je ne pourrai cependant porter un jugement définitif sur cette affaire que lorsque j'aurai le résultat des investigations en main.

– Voyez-vous des possibilités de réduction du personnel également dans d'autres départements?

– Je ne peux pas parler pour les autres départements. Mais sur la base de mes expériences, notamment dans le canton de Berne, je peux dire qu'une période de politique du personnel très stricte – a fortiori lorsqu'il y a de temps en temps une diminution du nombre d'emplois – fait du bien au fonctionnement d'une entreprise ou d'une administration.

– Un second paquet d'assainissement des finances est en discussion. Où pouvez-vous encore économiser?

– Cela serait difficile. Je serais contraint de mettre en évidence les conséquences de ces coupes budgétaires. Je ne veux pas faire du chantage, mais un nouveau paquet d'assainissement obligerait l'armée à rediscuter ses tâches et il faudrait planifier l'abandon de certaines prestations.

– Dans quel secteur?

– La défense du territoire. Ce n'est absolument pas dans notre intention, mais cela représente une part importante de notre budget. Je pars cependant du principe que nous allons être épargnés par ce paquet d'assainissement.

– Tout au long de l'année, les gardes-fortifications assument essentiellement des tâches policières, comme lorsqu'ils surveillent des ambassades ou aident aux frontières. Mais ils n'ont pas de compétence policière. Faut-il la leur donner?

– Non, cela ne serait pas possible en raison du statut de l'armée. En plus, ce n'est pas non plus notre intention. Dans le cadre de l'engagement subsidiaire, l'armée effectue entre autres des tâches policières et a la légitimité pour le faire. Les troupes qui le font ne doivent cependant pas remplacer les forces policières civiles, mais les soulager. Enfin, durant le G8, nous avons apporté de nombreuses autres prestations comme la mise en place des moyens de communication ou les transports aériens.

– Certains hauts fonctionnaires rêvent d'une police de sécurité fédérale, dont le noyau pourrait être les gardes-fortifications…

– Le corps des gardes-fortifications est extrêmement compétent en matière de sécurité, mais j'en ai aussi besoin dans l'armée, en cas de situation exceptionnelle.

– Que pensez-vous de l'idée de l'UDC de créer un Département fédéral de la sécurité?

– Il n'y a pas que l'UDC qui demande cela…

– Et qu'en pensez-vous personnellement?

– Le potentiel de synergies dans le domaine de la sécurité pourrait effectivement être utilisé d'une façon plus optimale. Mais ce n'est pas à moi de dire si un tel projet est réalisable ou non politiquement.

– Après les déclarations de Christiane Brunner, vos chances d'avoir un collègue UDC au Conseil fédéral augmentent. Vous en réjouissez-vous déjà?

– C'est une question qui est du ressort des partis. Ce n'est pas mon rôle de la commenter. C'est le parlement qui élit le Conseil fédéral.

– Votre parti va lancer un référendum contre l'assurance maternité. Quelle est votre position?

– Le Conseil fédéral soutient l'assurance maternité. En tant que membre du Conseil fédéral, je la soutiens aussi. En plus, dans le même paquet, une amélioration du dédommagement des militaires est prévue. J'ai donc deux raisons de soutenir le projet.

– La semaine dernière, vous avez dit que l'armée pouvait continuer sans vous.

– Dans tout système militaire, tout le monde doit pouvoir être remplacé.

– Alors peut-être de façon plus directe: pouvez-vous vous imaginer en ministre des Finances?

– Avant toute chose, il faut d'abord attendre l'élection du Conseil fédéral. Ce n'est qu'après que le Conseil fédéral poursuivra ses réflexions. Malgré les turbulences actuelles, mon travail au DDPS me procure du reste beaucoup de plaisir.