VAUD

Sanglier, puis frondeur du Jura bernois, Claude-Alain Voiblet rebondit au faîte de l'UDC vaudoise

L'ancien leader antiséparatiste vient d'être engagé comme secrétaire général de l'UDC vaudoise. Le parti cantonal compte sur le politicien jurassien bernois, qui a besoin d'un nouveau départ, pour améliorer son image

«Le Journal du Jura», qui annonçait mercredi la nouvelle, le compare au Major Davel. Entendez par là un fonceur abandonné par son peuple. Et de lui souhaiter un air plus respirable dans sa nouvelle patrie d'élection, le canton de Vaud. Claude-Alain Voiblet, ancien leader des Sangliers antiséparatistes devenu le prophète de l'autonomie du Jura bernois, vient d'être engagé comme nouveau secrétaire général de l'Union démocratique du centre (UDC) vaudoise.

Officiellement, il prendra ses nouvelles fonctions le 17 juillet. Un poste à 60%. Il succède à Gilberte Demont, aspirée par le secrétariat politique du parti suisse. Le conseiller national André Bugnon, qui l'a engagé, et le président du parti vaudois, Pascal Dessauges, comptent sur lui pour donner son profil enthousiaste et souriant à une formation politique cantonale qui ne tire pas encore tout le parti qu'elle pourrait de sa nouvelle force électorale.

Il y a de la bête politique dans Claude-Alain Voiblet, sans parler de sa fidèle appartenance au parti et de sa grande expérience de la chose politique, non seulement comme militant et comme élu, mais aussi comme responsable, pendant de longues années, de l'organisation de développement régional de l'Orval.

Les «aléas de la vie», comme il dit, ont poussé Claude-Alain Voiblet à quitter une région à laquelle il avait consacré toutes ses forces depuis toujours. Comme s'il y avait brûlé toutes ses cartouches.

Il est encore un tout jeune homme à l'époque où le canton du Jura voit le jour, lorsqu'il adhère au groupe Sanglier. Il deviendra rapidement un leader de l'activisme antiséparatiste et sa militance lui servira de tremplin. Maire de Reconvilier, il est élu député au Grand Conseil bernois en 1990.

«A l'époque, on ne pouvait être que séparatiste ou antiséparatiste, il fallait s'engager d'un côté pour faire valoir ses idées», dit-il aujourd'hui pour expliquer son évolution ultérieure. Nommé à l'une des vice-présidences de l'Assemblée interjurassienne (1994), il devient le champion d'une nouvelle voie, médiane. Dans le cadre du groupe Avenir, dont il est fondateur (1997), il préconise un statut d'autonomie la plus large possible, au sein du canton de Berne, comme première étape de la «réconciliation» à venir. Beaucoup de ses anciens compagnons antiséparatistes, qui ne lui pardonnent pas de pactiser avec l'ennemi, lui tournent alors le dos. Sans pour autant qu'il puisse se consoler en voyant triompher ses vues. Le statut spécial du Jura bernois, sans délégations décisionnelles ou financières sinon dans le domaine de la culture, est très en deçà de ses espoirs.

En 2001, Claude-Alain Voiblet renonce à ses mandats politiques pour se consacrer à une nouvelle aventure: la Fondation Bellelay, dont le but est de transformer un ancien domaine agricole appartenant au canton de Berne en centre agrotouristique de promotion du cheval. Le site est magnifique, situé sur la frontière des deux cantons, tout un symbole pour le creuset du rapprochement interjurassien qu'il doit être. Seulement voilà, le concept est trop ambitieux, la gestion trop lâche et la fondation aujourd'hui plongée dans les difficultés financières. Claude-Alain Voiblet quitte la barre en septembre dernier.

A cette déconvenue va s'ajouter un bouleversement d'ordre familial. Finalement, c'est sur tous les plans que le vibrionnant Jurassien bernois commence une nouvelle vie, en quête de nouvelles crédibilités. Il y a deux ans, il s'installe à Henniez, dans la Broye vaudoise, et se lance dans la préparation d'un diplôme postgrade en gestion d'entreprise.

Mais il avait présumé de ses forces quand il pensait avoir dit adieu à la politique. A peine chez les Vaudois, le vieux démon le reprend. Il s'approche de l'UDC du canton de Vaud et, comme il cherche un emploi, il postule, parmi une trentaine de candidats, au poste de secrétaire général que le parti a mis au concours. Espérant tirer parti des qualités médiatiques et de l'inventivité incontestable de Voiblet sans pour autant vouloir s'embarrasser d'un frondeur, le parti vaudois a testé le personnage. «Il est clair qu'il défendra la ligne fixée par le comité directeur de notre parti», affirme André Bugnon.

Le nouveau secrétaire est chargé de gérer un parti qui a grossi en profitant de la vague blochérienne et dont l'aile agrarienne traditionnelle est désormais doublée de sections urbaines, apparemment triomphantes. Un risque majeur est que ces nouveaux électeurs attirés par les promesses droitières ne soient rapidement déçus. Or c'est à Claude-Alain Voiblet, qu'on connaît plutôt jusqu'ici comme proeuropéen et humaniste, qu'il appartiendra de le contrer. Prudent encore lorsqu'il s'agit de s'exprimer sur sa nouvelle mission, l'intéressé se réjouit de «relever le défi». Ce qui est sûr, c'est que l'UDC Vaud, longtemps petit dernier de la majorité bourgeoise, doit s'afficher, conformément à ses ambitions, comme le leader de la politique vaudoise. «Il faut faire preuve d'imagination, car il est plus facile d'être le premier que de suivre.»

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