Genève

Sans-abri: Ville et canton en appellent à l’aide des communes

Cet hiver, les abris PC ont accueilli plus de mille personnes, un chiffre stable par rapport à 2016, mais les nuitées ont augmenté. Pour garantir ce dispositif hivernal, il faudrait davantage de volontés politiques

«Seule une commune sur quarante-cinq porte la problématique de l’hébergement des sans-abri. Il serait souhaitable que ce dossier soit soutenu collectivement.» Peu de chance pour que cet appel du pied, lancé par Esther Alder, conseillère administrative verte de la ville de Genève, et Mauro Poggia, conseiller d’Etat MCG, réunis lundi devant la presse, soulève l’enthousiasme des collectivités sollicitées. D’autant plus que Mauro Poggia voit même plus loin, par-delà la frontière: «C’est la région toute entière qui doit être consciente de ses obligations.»

1177 sans-abri dans les bunkers

Sans surprise, c’est dans les cités que les personnes les plus vulnérables échouent. Les abris PC ouverts cet hiver par la Ville de Genève pour les sans-abri, avec le soutien de nombreux partenaires publics, privés et associatifs, ont fermé lundi. Le bilan de ce dispositif d’urgence hivernal – 200 places au total – aura permis d’accueillir depuis novembre dernier 1177 personnes. Si le nombre global de personnes est similaire à celui de l’an dernier, le nombre de nuitées (23 139) est en augmentation de mille, en raison peut-être du grand froid qui a sévi au mois de janvier. Les Européens et les Africains étaient largement majoritaires (427 et 400 personnes respectivement), suivis par les Français (94), les ressortissants du Proche et Moyen-Orient (57), et les Suisses (52). Des personnes qui se sont spontanément présentées aux abris, ou qui ont été persuadées par les équipes du Service social de la Ville lors de leurs tournées nocturnes: 269 personnes ont ainsi accepté une nuit au chaud et un petit-déjeuner. Néanmoins, 330 personnes ont refusé d’intégrer les bunkers (Le Temps, 1.02.2017).

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Cet hiver, le dispositif a été étoffé. Un accueil spécifique a été mis en place pour les familles par l’Armée du Salut, grâce à une contribution modeste de la Ville, du canton (60 000 francs) et des fondations privées; 101 personnes, dont des enfants, en ont bénéficié, logés à la protection civile de Pâquis-Centre. Autre nouveauté: la présence de deux infirmières au quotidien, qui ont réalisé 734 consultations: suivi de maladies chroniques, plaintes somatiques, atteintes à la santé mentale. De plus, l’usage du 144, permettant à la population de signaler la présence de sans domicile fixe en détresse, aura aussi permis d’éviter des arrivées aux Urgences des HUG.

Esther Alder comme Mauro Poggia espèrent pouvoir reconduire ce dispositif l’an prochain, mais l’intégralité du financement pour l’ouverture d’un abri par l’Armée du Salut n’est pour l’heure pas encore assurée. D’autant qu’ils ont à l’esprit un objectif commun plus ambitieux: ouvrir les abris à l’année, «puisque le Conseil administratif s’est engagé à zéro sans-abri en 2020», rappelle la conseillère administrative. Sauf qu’on n’en prend pas le chemin. En effet, son projet de construire 20 modules contenant des logements relais est bloqué par le Conseil municipal. «A nous de forcer le débat, conclut Mauro Poggia, au lieu de loger certaines personnes en détresse dans de modestes hôtels, ce qui représente tout de même des sommes astronomiques pour le contribuable.»

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