Des tentes de camping emportées par les flots, des campements de fortune menacés par la montée des eaux: ces derniers jours, les berges du Rhône et de l’Arve à Genève ont livré des images saisissantes. Si les pluies estivales affectent le moral du citoyen lambda, elles ont des conséquences dévastatrices sur le quotidien des sans-abri. Pour l’heure, la ville de Genève ne prévoit pas de dispositif spécial pour les intempéries comme il en existe pour les périodes de grand froid. Mais avec l’augmentation des bouleversements climatiques, cela pourrait changer.

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Délogés par la dangereuse montée des eaux, certains sans-abri ont vu leurs maigres biens inondés et leur lieu de vie évacué. Une situation qui préoccupe Christina Kitsos, cheffe du Département de la cohésion sociale en ville de Genève. «Dès le début des précipitations, des tournées ont été effectuées pour vérifier que personne ne reste sous les ponts», détaille-t-elle tout en reconnaissant que le risque zéro n’existe pas. Des sacs de couchage et du matériel de première nécessité ont également été distribués par le service social qui collabore avec les pompiers et la police au sein d’une cellule de crise. Alors qu’il reste encore quelques places disponibles au foyer Frank-Thomas, la magistrate rappelle que certaines personnes refusent, pour différentes raisons et en toutes saisons, d’intégrer les structures d’accueil.

«Un tout petit quelque chose»

Face à l’urgence et alors que le débit de l’Arve augmente de nouveau, pourquoi ne pas élargir le dispositif grand froid aux intempéries? «Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain», estime Christina Kitsos, qui ne se dit toutefois pas fermée à l’idée. «Il faudrait définir des critères et une répartition claire des tâches entre toutes les entités publiques concernées pour mettre sur pied un dispositif agile et réactif», poursuit-elle, tout en soulignant que sans avoir ouvert de nouvel abri, la ville n’est toutefois pas restée les bras croisés.

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A quelques pas de la Jonction dans le quartier des Acacias, Le Carré accueille entre 100 et 150 personnes par jour et délivre plus de 300 repas à l’emporter. Ces derniers temps, le lieu est très sollicité. «On constate une hausse de la demande, c’est normal les gens ont besoin de s’abriter, de se reposer au sec», note le directeur des lieux, Charles Christophi, qui souligne néanmoins que la pluie n’est pas le seul danger pour les SDF. «S’il fait très chaud, c’est aussi un problème, le risque de déshydratation augmente.» Au Carré, les personnes dans le besoin trouvent un peu de répit et des vêtements de rechange. «Un tout petit quelque chose», résume avec amertume Charles Christophi. Alors que les lieux d’hébergement sont saturés à Genève, l’urgence, selon lui, réside avant tout dans l’hébergement de nuit.

«Intégrer la donne climatique»

A Lausanne, la situation est sensiblement différente de Genève, il n’y a pas d’occupation sauvage des cours d’eau ni des bords du lac. La précarité n’en demeure pas moins réelle. Durant ces jours pluvieux, beaucoup de sans-abri recherchent désespérément un endroit sec où passer la nuit. «Au total, on constate une vingtaine, voire une trentaine de refus chaque soir dans les différents lieux d’accueil d’urgence», détaille Eliane Belser, responsable de l’aide sociale d’urgence à la ville de Lausanne. Cela, alors même que la municipalité dispose d’une quarantaine de places supplémentaires par rapport à l’été dernier.

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Comme Genève, Lausanne ne dispose pas d’un plan spécifique pour faire face aux intempéries. «Nous sommes en train d’y réfléchir», explique néanmoins Emilie Moeschler, conseillère municipale lausannoise, chargée des Sports et de la Cohésion sociale. «Les vagues de chaleur et les fortes intempéries risquent de se multiplier. Le dispositif d’hébergement d’urgence doit aujourd’hui intégrer la donne climatique.» Pour répondre à ce nouveau défi, la magistrate prévoit de travailler avec ses partenaires, le canton et les associations. «On devrait pouvoir être capable de déployer un dispositif modulable en 24 à 48 heures, détaille-t-elle. Cela signifie mobiliser une infrastructure, si possible en surface, du matériel, mais aussi du personnel formé.» Et de préciser que les abris souterrains de la protection civile ne sont plus dans la ligne politique de la ville. «C’est toujours mieux que la rue, mais ce n’est pas un lieu de vie digne.»