Formation

Les sans-papiers sont réticents à se lancer dans un apprentissage

Alors que le Parlement a accepté que les jeunes sans-papiers puissent faire un apprentissage, les conditions pour y accéder sont jugées trop restrictives par les milieux associatifs

Les sans-papiers sont très réticents à se lancer dans un apprentissage

Jeunes Les milieux associatifs demandent d’assouplir les conditions d’octroi d’un permis de séjour pour la durée de la formation

L’accès à l’apprentissage reste difficile pour les jeunes sans-papiers. Alors que depuis le 1er février 2013, une modification de l’ordonnance leur permet d’obtenir un permis de séjour pour la durée de leur formation indépendamment de la situation familiale, deux personnes seulement en ont fait la demande auprès de l’Office fédéral des migrations. Si bien que les milieux associatifs demandent un allègement des conditions.

Principaux obstacles relevés par la Plate-forme nationale pour les sans-papiers: le requérant doit avoir suivi l’école obligatoire de manière ininterrompue durant cinq ans au moins en Suisse et faire sa demande dans les douze mois suivants. Il doit aussi déposer un dossier long et fastidieux à constituer, l’identifiant précisement lui et sa famille. «Ce qui pose des problèmes de loyauté envers les siens et lui fait porter une grande responsabilité», souligne Regula Erazo, de la permanence pour les sans-papiers de Lucerne. L’employeur doit également demander un permis de travail.

Imam, d’origine algérienne, fait part de sa propre expérience: «Il y a trois ans, il n’y avait pas encore cette possibilité lorsque j’ai été régularisée. A 22 ans, j’ai ainsi pu commencer un apprentissage. C’est difficile de trouver une place, alors si en plus vous devez expliquer à votre patron qu’il doit demander une autorisation, c’est encore plus dur. Moi-même, je n’aurais pas répondu aux critères. Je veux que les gens sachent que c’est difficile de grandir dans un pays qu’on considère comme le sien et de ne pas pouvoir faire certaines choses.»

Abbas, jeune Saoudien, est lui dans l’attente d’une réponse depuis que le permis de séjour de son père n’a pas été renouvelé. «Je me suis rapidement intégré, j’ai appris la langue, n’ai jamais eu de difficultés scolaires et souhaite poursuivre ma formation, explique-t-il. Je ne comprends pas pourquoi c’est si difficile pour moi alors que je me suis toujours bien comporté.»

Demandes anonymes

En juin dernier, la Commission fédérale pour les questions de migration estimait également que les obstacles étaient trop importants alors que 200 à 400 jeunes sans-papiers pourraient chaque année entamer un apprentissage.

Myriam Schwab, du Centre social protestant Lausanne, admet que Vaud applique une politique de régularisation plus ouverte que d’autres cantons, ce qui a permis à de nombreuses familles de décrocher le précieux sésame et parmi elles à des jeunes de faire leur apprentissage. Mais l’article spécifique aux futurs apprentis doit être suivi d’effets et les chances d’aboutir doivent être les mêmes dans tous les cantons, estime-t-elle, rappelant que les étudiants n’ont pas de problèmes pour poursuivre leurs études.

Les associations veulent que les demandes puissent être déposées sous forme anonyme auprès de l’Office fédéral des migrations et soient traitées rapidement. Elles estiment que le fait d’avoir trouvé une place d’apprentissage est un gage d’intégration suffisant. Enfin, elles voudraient que le permis de séjour soit délivré à tous les membres de la famille. Autant de propositions qui seront relayées sous la Coupole, même si la cause a perdu ses plus ardents défenseurs, à savoir les Genevois Luc Barthassat (PDC) et Antonio Hodgers (Verts), tous les deux élus au Conseil d’Etat.

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