Neuchâtel

Santé: les Neuchâtelois ne veulent pas des remèdes de la droite

Ce dimanche, les citoyens ont décidé de maintenir la convention collective de travail unique CCT Santé 21. La droite, qui accuse le coup, estime que le Conseil d’Etat défavorise le secteur privé

Le silence se fait pesant au fief du PLR neuchâtelois. Et pour cause: ce dimanche, la droite du canton a essuyé un sévère revers, avec 76% de citoyens qui ont souhaité maintenir la CCT Santé 21, convention collective de travail unique dans le secteur de la santé. Le camp bourgeois, au contraire, avait bataillé durant la campagne pour supprimer définitivement celle-ci des textes de loi.

La convention actuelle aurait été remplacée par deux conventions distinctes dans des établissements comme l’Hôpital neuchâtelois (HNE), le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP), Nomad (soins à domicile) ou encore les EMS du canton. Le personnel non soignant – les cuisiniers par exemple – aurait ainsi été soumis à un régime différent de celui du personnel soignant. La mesure visait des économies sur les coûts de la santé.

La gauche et les syndicats jubilent

A l’heure où les résultats tombent, gauche et syndicats jubilent. Les Neuchâtelois ont refusé par 30 140 voix contre 9232 la modification de la loi sur le CNP, l’HNE et Nomad, et par 30 355 voix contre 8990 celle sur le financement des EMS. La participation s’est élevée à 29,35%.

«Un résultat aussi net, c’est bien la preuve que la population souhaite préserver les conditions de travail du personnel soignant», se félicite Florence Nater, la présidente du Parti socialiste neuchâtelois. Dans l’autre camp, la déception est palpable. Mais pas de grande surprise cette fois-ci, comme en février, lorsque la population avait préféré conserver deux hôpitaux autonomes, rejetant le projet gouvernemental de centralisation.

Secteur privé «défavorisé»

Ce nouveau maintien du statu quo, Philippe Bauer, conseiller national PLR, l’interprète comme «un triomphe de l’immobilisme dans le canton». Il met en cause notamment le Conseil d’Etat, réélu à l’identique au printemps dernier. Un gouvernement qu’il accuse de vouloir «défavoriser le secteur privé». Pour Nicolas Ruedin, président du PLR neuchâtelois, la complémentarité des secteurs public et privé permettrait d’assurer une meilleure prise en charge des patients: «L’Hôpital neuchâtelois n’a aujourd’hui plus les moyens d’assurer toutes les opérations. Dans le même temps, le canton impose des quotas à l’hôpital de La Providence [ndlr: hôpital du groupe privé GSMN].»

Chantier de réformes

Un débat qui n’a pas lieu d’être, pour le ministre de la Santé, Laurent Kurth. «Il n’y a pas un seul EMS de droit public dans le canton. Et pourtant, même la faîtière des EMS (Anempa) a soutenu le maintien de l’actuelle convention.» Le Conseil d’Etat, même s’il n’a pas été impliqué activement dans la campagne, souhaitait le maintien de la CCT Santé 21. «La convention permet aux employés de rester relativement sereins face à l’énorme chantier que représentent les réformes à venir. Concrètement, elle règle les conditions de transfert lorsqu’un collaborateur est déplacé», explique Laurent Kurth.

La population a réaffirmé aujourd’hui que la santé ne devait pas être un marché comme les autres

Florence Nater, présidente du Parti socialiste neuchâtelois

La situation risque en effet de se produire dans le cadre de la mise en application de l’initiative pour deux hôpitaux autonomes. Mercredi, le Conseil d’Etat annonçait sa volonté de créer trois SA, dont une première en mars 2018, qui prendrait en charge les soins aigus dans l’hôpital de Montagnes neuchâteloises.

Pour la gauche, cette victoire est un soulagement énorme. En février, le oui à l’initiative pour deux hôpitaux autonomes avait généré beaucoup d’incertitudes, explique la socialiste Florence Nater. «Nous avions la crainte que le privé vienne occuper le terrain de la santé», admet la socialiste. Dans un contexte de libéralisation du secteur, elle salue ce signal fort. «La population a réaffirmé aujourd’hui que la santé ne devait pas être un marché comme les autres.»

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