sondage

Santé: les Suisses balaient toutes les réformes

Selon un sondage mandaté par Interpharma, les assurés plébiscitent le système de santé helvétique et ne souhaitent qu’une seule chose: préserver le statu quo

En matière de lutte contre la hausse sans fin des coûts de la santé, c’est non, non, non et non! Selon un sondage de l’institut gfs.bern, le peuple s’oppose quasiment à toutes les réformes qu’envisagent les politiciens en ce moment. Il dit non à des primes dépendantes du revenu, non à la hausse de la franchise minimale en rapport avec les coûts, non à des budgets globaux par traitement et non encore à une limitation du libre choix du médecin.

Ce sondage a été réalisé en mars dernier auprès de 1200 personnes sur le mandat d’Interpharma. A l’en croire, le message adressé aux politiciens est on ne peut plus limpide: «Il faut maintenir le système en place. Nous ne voulons pas d’expériences!»

De manière générale, les Suisses se félicitent de la qualité de leur système de santé: le taux de satisfaction atteint même une valeur record de 87%. Ils affirment cela en toute connaissance de cause, soit en sachant qu’il coûte cher. Ils ne se font d’ailleurs pas d’illusions à ce sujet: 81% d’entre eux se disent conscients que «les dépenses continueront à augmenter». Mais ils ne semblent pas trop s’inquiéter de l’augmentation des primes d’assurance maladie: ils sont 54% à estimer cette charge «certes élevée, mais encore supportable». Selon le sondage, seuls 16% des sondés auraient «un problème durable ou occasionnel» en raison de la lourdeur des primes. Un chiffre très bas qui a surpris de nombreux spécialistes.

Des réformes qui ne convainquent pas

Dès lors, les personnes interrogées se montrent très conservatrices à l’heure d’envisager d’éventuelles réformes. Elles balaient toutes les propositions, qu’elles viennent de la droite, de la gauche et même du centre. Pas question de réduire le catalogue de base de l’assurance obligatoire, ni même de limiter le libre choix du médecin, que le PLR et l’UDC prônent. Pas question non plus de faire dépendre les primes des revenus, une recette du PS qui est en chute libre chez les sondés. Quant à la hausse de la franchise minimale, actuellement de 300 francs, pour l’adapter en fonction de la courbe des coûts – ce que préconise le Conseil fédéral –, elle ne recueille que 30% d’avis favorables.

Lire aussi: Coûts de la santé: ce rapport que personne ne veut lire

Reste l’initiative que vient de lancer le PDC, qui a l’intention d’introduire un frein aux dépenses de la santé dès que l’augmentation des coûts atteint un certain seuil. Bien que ce remède vienne du centre de l’échiquier politique, il n’est guère prisé et n’atteint pas non plus une majorité populaire. En fait, à en croire ce sondage, le peuple ne serait prêt qu’à deux concessions: une limitation dans le choix d’une thérapie et de l’hôpital où il est soigné. Par contre, il ne veut pas d’une médecine à deux vitesses: même les médicaments contre le cancer – y compris ceux qui coûtent jusqu’à 100 000 francs par traitement et par an – doivent rester accessibles à tous.

Situation complètement bloquée

A l’heure où les initiatives politiques se multiplient, la situation semble complètement bloquée. Les gens n’attendent aucun effet positif, ni d’un financement uniformisé des soins ambulatoires et stationnaires, ni des budgets globaux par traitement. «Les réformes seront difficiles à mener», en a conclu le codirecteur de l’institut gfs.bern, Urs Bieri.

Par le tableau idyllique qu’il brosse du système de santé suisse, ce sondage mandaté par Interpharma a surpris les politiques qui tentent désespérément de maîtriser les coûts de la santé. Ceux-ci doutent fortement que seuls 16% d’assurés se plaignent de la lourdeur de leurs primes. Sous la coupole fédérale, tout le monde a intégré le fait que les coûts de la santé sont devenus le souci numéro un au baromètre des inquiétudes des Suisses, loin devant les problèmes de migration.

Politiciens sceptiques

«Je suis sceptique quant à la crédibilité d’un sondage qui a été mandaté par un des acteurs de la santé qui est coresponsable de la hausse des coûts, déclare Béatrice Wertli, secrétaire générale du PDC. Ce sondage ne change rien aux faits. Les coûts de la santé croissent beaucoup plus vite que les salaires et érodent ainsi le pouvoir d’achat, notamment celui de la classe moyenne. Il y a donc un besoin urgent d’agir. Et notre proposition d’introduire un frein aux dépenses est certainement l’une des mesures les plus adéquates», renchérit-elle.

Lire aussi: Coûts de la santé: l’éternel argument de la qualité

Rebecca Ruiz (PS/VD) se pose aussi des questions sur la fiabilité de ce sondage. «Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux et d’écouter les gens dans la rue pour se rendre compte de leur ras-le-bol concernant la lourdeur des primes, remarque-t-elle. Pour le reste, en revanche, la socialiste ne s’étonne pas de la réticence des Suisses aux réformes. «Lorsque apparaissent des idées aussi extrêmes que la franchise à 10 000 francs ou les budgets globaux par traitement, je comprends que les assurés réagissent par un réflexe de rejet et qu’ils préfèrent le statu quo.»

Chacun des acteurs de la santé se bat pour ses propres intérêts particuliers. Ce sera tout l’enjeu des réformes à venir: «Elles n’auront une chance devant le peuple que si elles font prédominer l’intérêt général et introduisent de la transparence dans le système encore très opaque de la santé», conclut Rebecca Ruiz.

Publicité