La branche de l’assurance maladie traverse une période de turbulences. Après Assura, Sanitas a claqué la porte de la faîtière des caisses, Santésuisse. Par ailleurs, Helsana, le Groupe Mutuel et Sanitas fondent une nouvelle Alliance des assureurs maladie suisses (AAMS)…

Le directeur du Groupe Helsana, Daniel Schmutz, a succédé en juillet 2010 à Manfred Manser à la tête du numéro un de la branche en Suisse. Chef des finances d’Helsana depuis 2006, il s’exprime sur le financement des hôpitaux, les médecins, les primes et les conflits de Santésuisse.

Le Temps: Vous avez rétabli la situation après deux années bouclées dans le rouge. Comment avez-vous fait?

Daniel Schmutz: Nous avons fortement augmenté les primes pour 2010, de 9,3%, y compris dans les caisses bon marché, car leur stabilité financière n’était plus garantie. Cette mesure nous a coûté cher, puisque 160 000 assurés ont quitté le groupe. En parallèle, nous avons décidé de ne pas sortir de tous les placements risqués. Enfin, nous continuons de réduire nos coûts de fonctionnement, afin d’économiser 80 millions de francs d’ici à 2012. Pour y arriver, nous allons notamment supprimer 300 postes.

– Quels profils d’assurés sont partis: plutôt des bons ou des mauvais risques?

– Je n’aime pas la qualification de «bons» ou «mauvais risques». Un jeune qui ne se rend jamais chez le médecin ne représente pas forcément un bon risque pour un assureur, qui paie alors beaucoup pour la compensation des risques (instrument de redistribution des coûts entre les caisses selon l’état de santé de leurs assurés, ndlr). Nous avons perdu davantage de clients dans les caisses bon marché, où les primes ont plus fortement augmenté.

– Helsana annonce une faible hausse des primes pour 2012…

– Oui, cette hausse, la plus basse depuis des années, est due à notre programme de réduction des coûts ainsi qu’à une hausse modérée des coûts des prestations.

– Dès 2012, les séjours hospitaliers ne seront plus rémunérés en fonction de leur durée ou du nombre d’actes, mais de manière forfaitaire. Qu’est-ce que cela va changer?

– Cette réforme, qui contribue à ce que les primes augmentent faiblement, est très positive. Elle donnera des incitatifs économiques aux hôpitaux et apportera davantage de transparence sur la performance médicale et les coûts. Ce qui permettra une comparaison des établissements. Le patient pourra choisir tel ou tel hôpital en fonction du nombre d’interventions pratiquées.

– Les associations de patients et le corps médical s’inquiètent du respect de la protection des données. Le préposé fédéral, Hanspeter Thür, se montre lui-même réservé…

– Nous disposons d’une convention réglant clairement la question. Cependant, nous prenons ces préoccupations au sérieux. La protection des données fait partie de notre quotidien. Depuis cinq ans, je n’ai pas eu connaissance d’un seul cas grave de violation de la protection des données par un assureur. Certaines personnes, opposées à la transparence, utilisent la protection des données comme prétexte.

– Des médecins?

– Ou des politiciens.

– La politique, les partenaires, tout le monde vante les réseaux de soins, traitant le cas de chaque patient de A à Z. Est-ce que c’est vraiment la solution?

– Cela dépend de ce que l’on entend par là. Est-ce qu’il faut un seul type de réseau? Je ne le crois pas. Le «managed care» doit être un type de produit parmi d’autres. Chaque assureur doit bénéficier de la liberté d’action. Certains gèrent eux-mêmes des centres de santé. Nous privilégions la collaboration avec des partenaires. Nous avons introduit un tel modèle l’an dernier, BeneFit Plus, qui compte déjà plus de 100 000 assurés, et pour lequel nous collaborons avec des réseaux existants, dont Delta en Suisse romande. L’assuré qui décide de se laisser guider par le réseau de médecins bénéficie d’un rabais.

– Qui veut choisir son médecin doit payer plus?

– Ou ne pas bénéficier de rabais.

– Selon la faîtière des hôpitaux, H +, les patients sont toujours plus nombreux à ne pas avoir de médecin de famille. Ce qui conduit à un transfert vers l’ambulatoire hospitalier. Cela vous inquiète?

– Il faut se demander si tout ce qui est effectué aujourd’hui par un médecin doit continuer à l’être. Nous proposons par exemple un réseau téléphonique, en partenariat avec l’entreprise de télémédecine Medgate. La première personne de contact est une infirmière. Les pharmaciens, dont les qualifications sont très élevées, devraient aussi avoir plus de pouvoir. Enfin, les avancées technologiques pourraient apporter plus de flexibilité. On parle notamment de tester son sang via des accessoires pour iPhone. J’ai récemment assisté à une séance d’information détaillant le fonctionnement de ce système. Je dois avouer que c’était assez fascinant.

– Est-ce que vous êtes satisfait de Didier Burkhalter?

– Il est à l’écoute, ce qui lui a permis de constater que, dans le domaine de la santé, le pouvoir est en grande partie en main des cantons. Je suis toutefois préoccupé par certains projets de loi, comme celui sur la surveillance des caisses (en consultation, ndlr). En l’état, le projet prévoit par exemple la possibilité d’exiger des remboursements de primes encaissées. Les assurances ne fonctionnent pas comme cela. Ou alors, on instaure une caisse unique.

– Les assurés de Genève, Vaud, Neuchâtel et Zurich ont payé trop de primes pendant des années. Vous comprenez l’agacement des ministres de la Santé de ces cantons?

– Les réserves cantonales n’ont jamais existé, mais même l’OFSP les évoque, puisque Didier Burkhalter veut rétrocéder aux assurés de ces cantons les recettes des taxes sur le CO2 – ce que je pense être une bonne idée. Les cantons veulent que les primes reflètent les coûts. Dans des cantons tels que Vaud ou Zurich, où nous disposons d’un effectif d’assurés important, cela s’avère plus simple que dans le Jura ou Appenzell, où les effectifs par assureur sont souvent trop modestes pour maintenir cet équilibre. Il faut fixer les réserves des caisses selon la solvabilité des assureurs.

– La caisse unique, ça vous fait peur?

– Les assureurs n’ont jamais été en mesure d’expliquer pourquoi une étatisation du système n’est pas une bonne idée. C’est l’une des raisons pour lesquelles Helsana, le Groupe Mutuel et Sanitas ont fondé la nouvelle Alliance des assureurs maladie suisses.

– Cette alliance risque d’affaiblir encore plus Santésuisse…

– Ce risque existe. Mais la tâche de Santésuisse est différente, et il est important qu’une association représente toute la branche dans certains dossiers. Raison pour laquelle nous n’en sommes pas sortis.

– D’où viennent les problèmes que connaît Santésuisse?

– L’association réunit des membres qui ne partagent pas la même philosophie. Certains veulent un système de marché, d’autres cèdent plus facilement au compromis. Santésuisse est parfois trop prompte à trouver des accords.

– Claude Ruey quitte la présidence de Santésuisse. Faut-il un politicien pour lui succéder?

– Il faut avant tout une personne qui comprend les dossiers. Un politicien présente l’avantage d’être proche de l’information. Le désavantage, c’est qu’il sera toujours considéré comme un lobbyiste.