Genève

Sarcophage séquestré: le Liban hausse le ton

Le ministre libanais de la Culture réaffirme son exigence de restitution de ce bien culturel, bloqué aux Ports francs genevois depuis 2011. «Nous n’avons jamais baissé les bras», assure-t-il

Sarcophage séquestré: le Liban hausse le ton

Marché de l’art Le ministre libanais de la Culture réaffirme son exigence de restitution

La saga diplomatico-judiciaire qui entoure un sarcophage phénicien séquestré aux Ports francs en 2011 n’en finit pas de rebondir. Alors que le parquet genevois a demandé le 16 juillet la levée du séquestre de ce cercueil de pierre du Ve siècle avant J.-C., le ministre libanais de la Culture, Rony Araiji, demande de nouveau publiquement son retour au pays. «Le Liban réclame la restitution de ce bien culturel depuis trois ans, a-t-il déclaré mercredi au quotidien L’Orient-Le Jour . C’est son droit légitime. Nous n’avons jamais baissé les bras. Nous avons déjà perdu un sarcophage dans une précédente affaire sur laquelle la justice suisse s’est prononcée. Aujourd’hui, nous avons chargé le juriste expert Marc-André Renold de défendre le dossier devant le Tribunal de police.»

Cette déclaration intervient alors que le retour du sarcophage – propriété du marchand d’art Ali Aboutaam, qui dirige avec son frère Hicham la galerie genevoise Phoenix Ancient Art et sa société de transit Inanna Art Services – sur le marché semblait imminente.

L’objet de la discorde fait partie d’un lot de trois sarcophages bloqués aux Ports francs en 2011 par la justice genevoise: deux sarcophages phéniciens et un sarcophage romain du IIe siècle après J.-C. L’une des deux merveilles phéniciennes a déjà été libérée l’an passé par la justice, les deux autres objets restent pour l’instant sous séquestre.

Divergences obscures

Comme l’a révélé Le Temps (LT du 22.07.2015), le parquet genevois a demandé au Tribunal de police de lever le séquestre du sarcophage dont il est ici question sur la base d’une communication d’Interpol Beyrouth à l’Office fédéral de la police. Une communication qui se référait à une confirmation émanant de la Cour suprême libanaise, selon laquelle l’objet n’est pas répertorié comme objet volé au Liban, ni compris dans l’inventaire du directorat général des antiquités et ne peut donc pas être réclamé par le Liban.

Or les autorités libanaises peinent à accorder leurs violons. «D’un côté, les autorités judiciaires libanaises ainsi que des membres du Ministère de la culture confirment que le Liban ne peut faire valoir aucune prétention sur le sarcophage, de l’autre le ministre de la Culture, qui agit ici hors du droit, dit le contraire… Il faudrait qu’il interroge sa propre administration avant de s’exprimer», suggère l’avocat d’Ali Aboutaam, Bastien Geiger. Qui attend que les autorités libanaises «disent clairement les choses».

Marc-André Renold fait une toute autre lecture: «Les déclarations du ministre confirment ce que j’ai déjà dit: une communication officielle doit être produite de manière imminente par les autorités libanaises pour confirmer que le Liban réclame ce sarcophage et que l’intervention d’Interpol est sans fondement.»

Le dossier est désormais sur la table du Tribunal pénal genevois, qui a demandé aux parties de faire valoir leurs arguments d’ici au 8 septembre. Date à partir de laquelle il prendra sa décision et mettra peut-être fin à cet interminable feuilleton .

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