En marge du débat français sur l’identité nationale, le président de la République, Nicolas Sarkozy, s’exprime ce mercredi matin, dans Le Monde et dans Le Temps, sur la votation suisse du 29 novembre dernier sur les minarets. Il la met en lien avec le débat sur l’identité nationale en France. Un texte remarquable, qui ose aborder les contours exigeants pour un vrai dialogue entre chrétiens et musulmans, comme l’importance cardinale du respect mutuel des convictions sur une base laïque. Et des propos fondamentaux que l’on n’entend pas dans la bouche des politiciens suisses.

Ainsi «la Suisse a trouvé en Nicolas Sarkozy – merci à sa «plume», Henri Guaino! – un défenseur qui a choisi les mots justes», commente la Tribune de Genève. Le débat lancé en France «sur l’identité nationale se révèle infiniment plus utile et constructif que l’initiative sur les minarets qui prend le problème – réel – des relations entre l’islam et les pays d’Europe par le petit bout de la lorgnette et ne lui donne qu’une réponse d’exclusion. Si, à l’instar de celui organisé par le président français, un vaste débat sur l’identité nationale avait été mené dans notre pays, peut-être aurions-nous fait l’économie de cette initiative», suggère la Tribune.

Même si Libération est plus réservé sur le fond, le quotidien français relève qu’«il y a du bon» dans ce texte: «Cette phrase, notamment, qui évoque «l’enrichissement mutuel qu’est le métissage des idées, des pensées, des cultures» ou encore cette promesse de tout faire «pour que [les musulmans] se sentent des citoyens comme les autres, jouissant des mêmes droits que tous les autres à vivre leur foi, à pratiquer leur religion avec la même liberté et la même dignité». Paroles républicaines de bon aloi.»

Mais il y a des réactions violentes aussi, comme celle de l’internaute «Goliath» sur le site du Nouvel Observateur: «Sarkozy nous sert sa soupe «identité nationale» évoquant le vote suisse qui traduirait des «préoccupations, des aspirations de tant d’Européens»… C’est sûr qu’en matière de préoccupations européennes, les suisses sont un «modèle» à suivre, ils ne veulent pas de l’Europe et de sa monnaie histoire de continuer leurs petites magouilles financières et sur un plan historique, la Suisse a toujours été «solidaire» du reste de l’Europe… souvenez-vous de la 2nde GM, où était recyclé l’or nazi et les biens spoliés aux juifs? En Suisse, pardi! Qui a permis l’évasion en Amérique du Sud de criminels nazis via la Croix Rouge et le Vatican? Le gouvernement Suisse pardi!»

«Enomis naelos» écrit quant à elle qu’elle est «entièrement d’accord avec NS. Lorsque je vois que l’Iran demande des explications à la Suisse, je trouve que c’est un peu gros!… Je ne vois pas en quoi cela regarde ce pays, la Suisse (même si sa décision ne plaît pas à tout le monde) est libre de son choix. C’est le peuple qui le veut.»

«Suisses, je vous ai compris!» déclare en substance Nicolas Sarkozy, selon Le Progrès de Lyon, après le «non» des Helvètes aux minarets, qui avait provoqué de violentes réactions en France.» Pour le Spiegel, le président français «défend les Suisses», tandis que pour la Basler Zeitung, il défend «la souveraineté populaire». Il «exprime de la sympathie pour cette votation suisse controversée», d’après le Guardian.

Sur le site de 20 Minutes France, Pierre Tevanian, professeur de philosophie et auteur de La République du mépris (Ed. La Découverte), décrypte la tribune du chef de l’Etat: «Le fait que Nicolas Sarkozy prenne sa plume pour aborder ce sujet de minarets et du vote suisse est très parlant. Il y a clairement une intention politique d’apporter une légitimation du vote. Rien ne l’obligeait à s’exprimer sur la question. Son choix n’est pas anodin. Il s’exprime volontairement sur cette question, […] il est dans un registre émotionnel. Il exprime de l’empathie, non pas pour les musulmans de Suisse «victimes» du vote, mais vis-à-vis du peuple inquiet.» C’est un sujet chaud, puisque le quotidien gratuit écrit à la fin de cette interview que «face aux débordements systématiques dans les commentaires, nous sommes contraints de fermer cet article aux contributions».