L’UDC et ses satellites vont-ils modérer leur appétit pour les initiatives populaires après l’échec de dimanche? «C’est souhaitable, car la multiplication des initiatives déstabilise le pays, menace de couper la Suisse sur le plan international et n’aide pas à attirer des entreprises étrangères», espère un élu libéral-radical.

La question se pose après les propos tenus par Christoph Blocher, qui continue de tirer les ficelles en coulisses même s’il n’est plus physiquement présent à Berne, sur son programme de télévision Teleblocher. Voici ce qu’il déclarait dimanche soir: «Nous devons veiller à ne pas lancer une initiative populaire à chaque fois que quelque chose ne nous satisfait pas.» Il précisait que le parti avait désormais deux représentants au gouvernement et était en mesure de mieux défendre ses positions au Conseil fédéral et au parlement.

Il a l’œil rivé sur l’agenda du parti ces prochains mois. D’un côté, l’UDC est en train de récolter les signatures pour son initiative populaire «Le droit suisse au lieu de juges étrangers», qui veut consacrer la primauté du droit national sur le droit international. Le texte doit être déposé à la Chancellerie fédérale avant septembre, mais les 100 000 paraphes nécessaires auraient déjà été rassemblés.

D’autre part, l’UDC se prépare à combattre la stratégie européenne du Conseil fédéral si celle-ci inclut un volet institutionnel confiant à la Cour de justice européenne le règlement des différends entre la Suisse et l’UE. Christoph Blocher, qui a donné naissance à un «comité contre une adhésion rampante à l’UE», en fait une priorité absolue.

Contrôle des frontières dans la Constitution?

Or, deux satellites de l’UDC ont aussi des projets d’initiatives populaires. Le Comité d’Egerkingen, qui avait mené avec succès le combat en faveur de l’interdiction des minarets, a déposé à la Chancellerie fédérale un texte interdisant de se masquer le visage. Ce projet vise tout spécialement le port de la burqa. Il devrait être publié dans le Feuille fédérale le 8 mars. Il ne peut plus être stoppé.

Par ailleurs, l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) prépare une initiative populaire pour la réintroduction de contrôles systématiques aux frontières. Christoph Blocher, qui a pourtant présidé l’ASIN, n’y est pas favorable. «Si elle gagne, le Conseil fédéral dira que nous contrôlons déjà nos frontières. Si elle perd, on interprétera le résultat comme la volonté du peuple de ne pas contrôler les frontières», a-t-il argumenté sur son canal de télévision.

En d’autres termes, Christoph Blocher aimerait que l’ASIN renonce à son projet. «Notre comité a décidé à l’unanimité de lancer cette initiative. J’en ai parlé longuement avec Christoph Blocher. Nous n’avons pas de divergences sur le fond. Nous sommes d’accord sur le calendrier: la question de l’accord-cadre institutionnel avec l’UE prioritaire et cette initiative doit venir après», réplique le président de l’ASIN, Lukas Reimann. Qui ajoute que ce sont les délégués de l’ASIN qui prendront une décision définitive.