Dire que le document était attendu est un euphémisme. Dire qu'il répond à ces attentes serait faux. Rendu public mercredi par le Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), le «bilan intermédiaire de la mise en œuvre d'EVM» paraît curieusement déconnecté des plus brûlants débats sur l'école vaudoise. Si l'analyse de la réforme en cours est à bien des égards sans complaisance, en particulier sur les difficultés de son démarrage en 1997, elle esquive notamment l'attaque frontale que représente l'initiative libérale sur la réintroduction des notes. Pour une décision sur une éventuelle grille d'«évaluation chiffrée» proche de la solution des radicaux, voire une ouverture sur l'usage de notes en 7e année, il faudra encore attendre le retour de quelque 10 000 questionnaires qui seront incessamment adressés aux maîtres, aux commissions scolaires et aux associations de parents. Ce n'est qu'en mai que le Département prendra position. Malgré la reconnaissance du «désarroi» des citoyens, le souci de faire largement accepter EVM se révèle par ailleurs très secondaire par rapport à la vision pédagogique. Enfin, la récurrente réclamation de moyens accrus (lire ci-dessous) s'avère aujourd'hui en complet porte-à-faux avec les comptes désastreux de l'Etat de Vaud (Le Temps du 14 mars).

Décalages

L'origine de ces décalages peut être cernée. D'une part, ce bilan repose très largement sur les opinions des plus solides soutiens d'EVM, que sont les maîtres et les directeurs des établissements explorateurs. Il ne s'agit pas d'un regard extérieur sur la mutation. D'autre part, la cheffe du DFJ, Francine Jeanprêtre, est pour beaucoup dans le caractère désincarné du document: «J'ai voulu un arrêt sur image qui soit un instrument de gestion, et non la réponse à des interventions politiques déstabilisantes.»

Sur le fond, EVM n'a pas fini de souffrir de son introduction précipitée. Dans un ensemble d'environ 80 000 élèves et 8000 maîtres, touchant à travers les familles pratiquement toute la société vaudoise, l'information n'a jamais bien circulé. Des problèmes qui auraient pu être anticipés – comme la fameuse évaluation –, et la nécessité de conserver une école compréhensible pour les familles, ont été sous-estimés. Le DFJ s'est avéré fidèle à l'image de lui-même qu'il déplore, celle d'une «institution déconnectée des réalités et peu soucieuse du terrain». Il lui faudra du temps pour s'en défaire. Pourtant préoccupé d'un partenariat actif avec les parents, Etienne Delessert, directeur de l'établissement explorateur de Prilly, n'a-t-il pas lâché mercredi aux médias que «l'enseignant doit en savoir beaucoup plus sur son élève que les parents»?

Sous la houlette de Daniel Christen, la réorganisation du service de l'enseignement obligatoire devrait permettre d'avoir une structure de conduite cohérente. Au final, Philippe Martinet, coordinateur d'EVM, reconnaît à la réforme des «maladies de jeunesse» dans la mise en œuvre de la pédagogie compensatoire, dans l'absence d'épreuves de référence, dans l'écart entre ambitions des objectifs et moyens pédagogiques, et dans la participation active des parents. Il la juge au contraire réussie dans l'allongement de l'observation (cycle d'orientation), la diversification du travail pédagogique, le développement du travail en équipe des enseignants et leur formation continue. Clarification des attentes pédagogiques, adaptation des évaluations, approfondissement du partenariat avec les familles, et prise en compte plus large des conditions d'enseignement viennent en tête des efforts à faire.

Comment noter EVM? Pour Francine Jeanprêtre, «en voie d'acquisition» est l'appréciation qui convient. Autoévaluation qui semble plus généreuse qu'informative.