En principe, les choses sont claires: la RPLP entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Le Conseil fédéral a tranché la question le 6 mars déjà par voie d'ordonnance et, n'en déplaise au lobby routier, sa position n'a pas bougé d'un iota depuis. Dans une lettre datée du 10 juin adressée à l'Association suisse des transporteurs routiers (ASTAG), Kaspar Villiger l'a confirmé, précisant qu'«il n'existe aucun fait qui pourrait justifier un report».

«Il faudrait encore tester le boîtier plusieurs années»

Le gouvernement conteste ainsi en particulier l'existence de problèmes – invoqués par les camionneurs à l'appui de leur demande d'un report de six mois – dans le fonctionnement de l'appareil de saisie des kilomètres (Tripon) qui est en cours d'installation sur les 55 000 camions suisses concernés et qui permettra une perception automatisée de la taxe. «Nous ne voulons pas essuyer les plâtres en cas de dysfonctionnements», fait valoir Beat Keiser de l'ASTAG. En fait, il semble que ces inquiétudes sur la fiabilité du système émanent pour l'essentiel d'un seul entrepreneur, Otto Keller, qui est l'une des dix entreprises – toutes alémaniques – qui participent aux tests du Tripon depuis plus d'une année. Le transporteur schaffhousois a fait état notamment d'erreurs de plus de 25% sur les relevés kilométriques et il a déclaré qu'il faudrait raisonnablement tester le boîtier encore plusieurs années. A l'ASTAG, on reconnaît que la société lucernoise Galliker Transports, également impliquée dans les tests, est, elle, d'avis que l'appareil fonctionne. Ce que confirme aussi une troisième société concernée, la coopérative Migros-Aaare de Schönbühl (BE).

Délais serrés

A l'Administration fédérale des douanes, on estime que «les erreurs importantes rapportées dans des cas isolés sont vraisemblablement dues à une mauvaise installation du boîtier» ou qu'il s'agit de «données anciennes». Des centaines de camions auraient été testés avec comme résultat des divergences de l'ordre du pour mille. Les douanes ne contestent pas en revanche que les délais seront serrés pour la mise en place de l'ensemble des éléments du système d'ici au 1er janvier prochain. La mise au point du boîtier à installer dans les camions a en particulier duré plus longtemps que prévu et il ne commence qu'à être distribué en masse aux camionneurs. L'installation du boîtier – qui fait 15 cm sur 15 – est toutefois une petite affaire puisqu'elle dure une vingtaine de minutes. L'opération plus lourde, préalablement nécessaire, qui consiste à câbler le camion, est, elle, possible au moins depuis le mois de mai. Or à ce jour, moins de 10 000 camions ont été câblés, et beaucoup d'entrepreneurs n'ont même pas encore commandé le matériel nécessaire. Les retardataires s'exposent au risque d'un retrait des plaques minéralogiques.

Le bras de fer entre les camionneurs et le Conseil fédéral devrait connaître une suite parlementaire. L'UDC Ulrich Giezendanner, propriétaire d'une entreprise de transport argovienne, envisage de déposer en septembre une intervention exigeant un report de la RPLP. Il pourra pour cela s'appuyer sur un argument supplémentaire car, dans l'intervalle, il est apparu clairement que les accords bilatéraux ne pourront probablement entrer en vigueur qu'à la mi-2001. La conséquence en serait que l'admission des premiers contingents de 40 tonnes serait retardée d'autant. En revanche, l'ouverture de la Suisse aux 34 tonnes interviendra comme prévu le 1er janvier prochain et la libéralisation complète du trafic des 40 tonnes en 2005.

S. Z.