Toujours sans budget 2016 depuis le refus du parlement de l’examiner en décembre, le Conseil d’État genevois s’évertue à rassembler une majorité autour d’une nouvelle copie qui pourrait satisfaire simultanément la fonction publique et les députés. Ce mercredi, l’exécutif a rencontré les partis politiques représentés au Grand Conseil afin de lui dévoiler ses propositions. Conclusion: le verdict est sévère de la part de certains élus, ahuris à l’idée qu’un gouvernement de droite puisse faire passer son budget avec une majorité… de gauche.

Mais retournons un instant à ces propositions. En guise d’apaisement, le gouvernement veut offrir quelque 12 millions de francs à sa fonction publique via des mesures ciblées, sans pour autant que l’on sache comment et à qui elles profiteront. Une somme qui équivaut au tiers du montant des annuités (39,8 millions de francs) que perçoivent traditionnellement les collaborateurs de l’État chaque année. Tout porte à croire que le cartel intersyndical, organe de défense des intérêts des fonctionnaires, est désormais résigné à abandonner ce mécanisme de progression salariale. Deuxième proposition: celle de renoncer «partiellement» à la coupe linéaire de 1% sur les indemnités que le Canton octroie, par exemple, à des associations assumant des tâches d’intérêt public. L’abandon de cette mesure n’est pas dénué de coûts: l’État doit lâcher près de 8 millions de francs sur les 16 millions qu’il comptait amputer.

L’opportunité de l’exécutif de pouvoir tendre la main à la fonction publique s’explique principalement par les recettes extraordinaires, 39 millions de francs, qu’a perçus Genève de la part de la Banque nationale suisse. Pour autant, cela ne suffit pas à équilibrer ce budget provisoire qui se solde par un déficit à hauteur environ de 12 millions de francs. «Notre stratégie est clair, avance Serge Dal Busco, conseiller d’État chargé des Finances. Il est préférable pour notre canton d’avoir une fonction publique apaisée et de retrouver la sérénité la plus grande possible.» Surtout que le temps presse, l’objectif du gouvernement étant de voter un budget, au plus tard, à la fin du premier trimestre de l’année. «Le processus devrait être rapide, conclut le démocrate-chrétien. Nous verrons très vite si un consensus peut se former autour de ce budget.»

À gauche, on semble accueillir avec bienveillance les propositions du Conseil d’État. Membre de la commission des finances, la députée écologiste Émilie Flamand-Lew indique que la plupart des revendications de sa formation – dont l’ouverture de réelles négociations avec les syndicats – sont désormais satisfaites. «Le Conseil d’État propose de faire la paix des braves, c’est réjouissant, avance pour sa part Magali Orsini, députée d’Ensemble à Gauche. Il est raisonnable de mettre fin au régime des douzièmes provisoires.»

À droite, par contre, les élus demeurent abasourdis par la stratégie choisie par le gouvernement. Le malaise est palpable au sein de l’Entente, qui dispose de quatre conseillers d’État à l’exécutif, Grand argentier compris. «Imaginez le signal politique qu’enverrait un gouvernement à majorité de droite s’il faisait passer son budget avec l’appui de la gauche et du Mouvement citoyens genevois. Ce serait catastrophique», commente un député. Même le président du PLR Alexandre de Senarclens, auquel appartiennent les conseillers d’État François Longchamp et Pierre Maudet, estime poliment que les propositions avancées ne sont pas «tout à fait satisfaisantes» et poursuit: «Pour rouvrir le débat budgétaire 2016, il faudrait que le Conseil d’État présente des mesures d’économie structurelles». Quant à Eric Stauffer (MCG), le député est enragé. «Pour voter un budget, il faudrait pour cela qu’on ait un ministre des finances à la hauteur de son mandat. Nous avons été très surpris d’un Conseil d’État qui est venu les mains vides. Autant dire que l’on aurait pu tranquillement jouer au jass, tellement nous n’avions aucun document pour entamer de réelles discussions.» Autant dire que la quête de budget est encore longue.