Vœu pieux des autorités vaudoises au Mormont

Carrières Comment protéger le sommet du massif, visé par le cimentier Holcim?

Les députés vaudois ont formulé un vœu: que l’exploitation du Mormont par le cimentier Holcim ne s’étende pas au sommet de ce massif, inscrit à l’Inventaire fédéral des paysages (IFP). Ce vœu émane de la commission qui vient d’adopter le nouveau plan directeur des carrières (PDCar). Le Grand Conseil se prononcera début juin. Selon les élus, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a fait savoir qu’elle s’associait à leur vœu «avec vigueur».

Le gouvernement par vœux, une innovation vaudoise? «Pour le moment, c’est ce que l’on pouvait faire de mieux», répond le député vert Olivier Epars, membre de la commission. L’idée de supprimer la «fiche Mormont» du ­PDCar a été évoquée. Mais elle aurait eu pour effet de sortir l’ensemble du périmètre de cet inventaire des sites autorisés, ce qu’aucune majorité n’aurait voulu soutenir, précise ce député. «J’espère que notre vœu sera soutenu par le plénum, car le groupe Holcim fait pression sur les députés», ajoute-t-il. Dans une longue lettre, Holcim souligne l’importance de l’exploitation dans un canton en pleine croissance démographique.

A l’Association pour la sauvegarde du Mormont (ASM), le vœu des élus et de la ministre vaudoise de l’Environnement ne passe pas vraiment pour une avancée. «Nous nous opposerons à toute extension de la carrière tant que l’exploitation du sommet n’est pas officiellement exclue», avertit Alain Chanson, président de l’ASM, qui interpelle aussi les députés avant leur vote.

La colline du Mormont, sur les communes de La Sarraz et d’Eclépens, est un cas emblématique de conflit entre les intérêts de l’économie et la protection de la nature et du paysage. Décrit à l’Inventaire fédéral des paysages comme un «monument naturel unique en son genre», le massif de calcaire est rongé peu à peu par les besoins de la carrière.

A moyen terme, Holcim vise toujours le sommet du Mormont, qui est situé en pleine zone IFP, mais dont l’entreprise fait dépendre la pérennité de son principal site de Suisse romande. Toutefois, anticipant les difficultés de cette extension très contestée, elle a obtenu que soit mis à l’enquête un plan B: un prolongement de la carrière non vers le nord et le sommet, mais vers l’ouest et le lieu-dit La Birette doit permettre de parer au plus pressé. Cette mise à l’enquête pourrait avoir lieu encore avant l’été. Outre l’ASM, Pro Natura et Helvetia Nostra ont l’intention de faire opposition.

Un problème d’image

Que pense l’entreprise Holcim du «vœu» formulé par les autorités cantonales? «La commission parlementaire semble mal informée des enjeux complexes du Mormont», répond François Girod, directeur du site d’Eclépens, qui invite chaque député à visiter le site. «Quant au vœu, il ne dit rien de nouveau, ajoute le directeur. L’exploitation du sommet n’est de toute façon pas prévue lors des dix prochaines années, durée de validité du plan directeur des carrières. De plus, c’est à la Confédération que revient la tâche de faire la pesée d’intérêts entre protection du paysage et autonomie indigène en ciment.»

Une étude visant à quantifier le besoin stratégique de matériaux suisses de construction est en cours à Berne. Une fois établi, un tel besoin pourrait l’emporter sur la protection du paysage. Les autorités vaudoises, qui pourraient exclure l’exploitation sommitale du Mormont de leur propre chef, ont opté jusqu’ici de s’abriter derrière ce rapport attendu depuis longtemps. Selon François Girod, cette analyse pourrait tomber d’ici à la fin de l’année.

Dans l’immédiat, Holcim refuse désormais de diffuser des photos aériennes du Mormont. Des images accusées de donner une vision plus défavorable de la carrière que celles que l’on peut avoir du sol.