Encore un miracle à l'Ermitage de Longeborgne. Le lieu de pèlerinage accroché à la montagne non loin du village valaisan de Bramois a retrouvé l'intégralité de sa collection de 180 ex-voto datés de 1662 à nos jours, entièrement restaurée.

Gravissant le petit chemin de croix caillouteux qui surplombe le vallon de la Borgne et l'usine électrique d'Alcan, Jean-Marc Biner, chef à la retraite de l'Office de la protection des biens culturels à l'Etat du Valais, s'étonne au passage de l'Oratoire Saint-Antoine: «Il y a bien tout qui change, c'est la première fois que je vois des fleurs artificielles par ici.» Certes, les deux chapelles ont retrouvé après plus de vingt ans d'absence leurs petits tableaux témoignant de la piété populaire, et les stations du chemin des décorations inhabituelles. Mais tout ne change pas aux abords de Longeborgne: ainsi en va-t-il de la fréquentation du sentier. Ce sont en effet quelque 50 000 pèlerins qui, chaque année, font la petite promenade qui conduit à l'ermitage lové depuis 1522 dans l'immense falaise.

Comme un pied de nez au Malin, c'est la Maison du Diable, à Sion, que le «Comité d'action pour le sauvetage du patrimoine de Longeborgne» a choisie vendredi pour présenter le livre* consacré non seulement aux peintures votives de Notre-Dame de Compassion, mais aussi au mobilier et à l'histoire du site qui remonte à plus de cinq siècles.

L'ouvrage des deux historiennes Romaine Syburra-Bertelletto et Catherine Santschi célèbre une forme de résurrection. Car la plus grande collection d'ex-voto du Valais a bien failli ne jamais regagner les gorges de la Borgne. Menacée par le zèle d'un abbé et l'humidité d'un recoin où celui-ci avait empilé ses découpages. Pour Vincent Pellegrini, journaliste au Nouvelliste et membre du «comité élargi», «ce livre est non seulement une référence, mais couronne aussi sept ans de mobilisation pour restaurer ces peintures et les autels des deux chapelles de Saint-Antoine l'Ermite et de Notre-Dame qui les abritent. Ainsi, Longeborgne retrouve enfin son rôle de sanctuaire complet.»

Un élan populaire, un engagement des collectivités publiques et des entreprises qui ont permis au comité créé fin 1996 de récolter quelque 950 000 francs, dont 300 000 ont été consacrés à la sauvegarde de ce patrimoine. Selon le comité d'action, l'argent restant contribuera notamment à sécuriser l'ermitage, en remplaçant le treillis qui le protège des chutes de pierres, ainsi qu'àaméliorer les conditions de logement du père et des deux frères de la communauté bénédictine du Bouveret, qui habitent à Longeborgne.

Pour Jean-Claude Balet, du Service valaisan des bâtiments, monuments et archéologie, le sauvetage de la collection d'ex-voto doit énormément à Jean-Marc Biner: «C'est un vrai passionné. Il photographie tout, partout.» Le «gardien du temple» contemple les œuvres à nouveau réunies depuis mai, assis sur un banc de la chapelle: «Imaginez le coup au cœur que cela m'a fait quand j'ai vu, un jour de 1970, qu'un père avait scié la grille de Saint-Antoine et enlevé tous les ex-voto des murs, qu'il les avait sortis de leur cadre, en avait collé une bonne partie sur du pavatex et avait empilé le tout dans un petit réduit. Il voulait faire propre en ordre. C'est une catastrophe qui en a résulté.»

La colle et l'humidité ont attaqué les œuvres d'art pendant plus de vingt ans, jusqu'à ce que le comité d'action se donne les moyens de réagir et permette la restauration des ex-voto. Jean-Marc Biner reconnaît: «D'un point de vue pictural, les 180 pièces ne sont pas toutes des œuvres exceptionnelles ou effectuées par des peintres de renom comme Chavaz, Olsommer, Ritz ou Dallèves. Exécutées de 1662 à nos jours, ces manifestations de gratitude à l'égard de Notre-Dame et de saint Antoine n'en donnent pas moins des indications intéressantes sur les us et coutumes, les préoccupations ou les habits des gens à différentes périodes. Toutes méritent donc d'être protégées.»

Décrit comme premier défenseur du patrimoine, Jean-Marc Biner défend aussi la démarche du comité d'action de sauvegarde de Longeborgne en imaginant que les communautés religieuses qui ont la responsabilité de ce type de collections se raréfient avec le temps. Par le livre qui lui est aujourd'hui consacré, le patrimoine de Longeborgne est pour sa part assuré de laisser une trace.

* «L'Ermitage de Longeborgne, ses ex-voto, ses chapelles et son mobilier, son histoire et ses hommes», par Romaine Syburra-Bertelletto et Catherine Santschi, photographies de Jean-Marc Biner, éditeur: Comité d'action pour le sauvetage du patrimoine de Longeborgne, 168 p., 2003.