Le «dernier village de la ville» résiste, d’extrême justesse. Dimanche, 50,06% des Genevois ont rejeté le projet d’aménagement du Petit-Saconnex, qui prévoyait la construction de 200 logements en plein centre-ville. Compte tenu de l’écart très faible, 114 voix, un recomptage aura lieu lundi. S’il se confirme, le résultat est une défaite pour la politique d’urbanisme menée par le Vert Antonio Hodgers, dont la famille politique s’est déchirée sur cet objet. D’abord favorables au projet, les écologistes ont fini par intégrer le camp des opposants, emmenés par les associations de défense de l’environnement, du patrimoine et des propriétaires de villas.

Lire aussi notre éditorial: Elections fédérales, le 3e tour genevois

«Densification brutale»

«Notre mobilisation sur le terrain et sur les réseaux sociaux a payé», se réjouit Pierre-André Marti, président de l’Association pour la sauvegarde du Petit-Saconnex. A ses yeux, le projet des Crêts est emblématique de ce qui se passe à Genève en matière d’aménagement. «Sur les marchés, on a entendu le ras-le-bol des habitants face à une densification brutale, aux travaux, aux abattages d’arbres, il faut que cela cesse.» Que répond-il à la moitié de la population mécontente du vote qui cherche à se loger? «Nous ne sommes pas contre une densification légère qui préserve la végétation, il y a un entre-deux à trouver.»

Lire également: A Genève, on se bat pour sauver le «dernier village»

«Accepter de déclasser une zone agricole mais refuser de densifier en plein centre-ville: s’ils se confirment, les résultats sont contradictoires à Pré-du-Stand et au Petit-Saconnex», note Serge Dal Busco, chef du Département des infrastructures, soulignant «l’exigence de qualité» toujours plus grande sur les projets de densification urbaine.

Repenser le développement

Angoisse de la croissance, peur d’une densification massive: plusieurs raisons expliquent le rejet du projet selon le député PDC Bertrand Buchs. «Le gouvernement doit entendre ce signal et repenser sa politique de développement.» Favorable au projet, Gérard Deshusses, président du Parti socialiste genevois, partage le constat: «En matière d’aménagement, il y a eu des excès et des ratés, estime-t-il. Aujourd’hui, la population se braque. Pour regagner sa confiance, il faut de la concertation et, surtout, des projets de qualité.»