Politique

Des scandales politiques précipitent Vevey dans la tourmente

Avec son collège exécutif sous tension, la municipalité de Vevey met à mal sa crédibilité. Le dernier scandale en date provient du municipal socialiste Lionel Girardin épinglé dans un conflit d’intérêts

Coupée en deux par des rivalités personnelles, la municipalité de Vevey s’enfonce encore dans la crise. Après que les deux municipaux de Vevey Libre, Jérôme Christen et Michel Agnant, en rupture avec leurs collègues, ont mis un terme à la procédure de médiation avant même son début, voici le socialiste Lionel Girardin épinglé dans une affaire de conflit d’intérêts. Président d’une fondation dans le domaine du logement social, il est soupçonné d’avoir fait bénéficier ses proches et lui-même de ses activités.

En conséquence, il fera l’objet d’un audit du Contrôle cantonal des finances, ainsi que le révélait mardi l’enquête de la correspondante de 24 heures pour la Riviera. Sur une municipalité de cinq, cela fait beaucoup. L’étalage de querelles sur la place publique entrave la crédibilité de cette équipe politique et risque de donner des armes à Nestlé pour diminuer ses aides à la ville. Que s’est-il passé pour que Vevey bascule de la sorte?

Blocage de trois contre deux

«A l’époque du syndic Yves Christen et de Pierre Chiffelle, la politique de la ville avait plus de panache», se souvient Alain Gonthier du groupe Décroissance-Alternatives. «Même si toutes leurs décisions, notamment urbanistiques, n’étaient pas bonnes, il n’y avait pas cette petitesse. Nous avons aujourd’hui une municipalité de blocage à trois contre deux. La syndique Elina Leimgruber (Verts), Lionel Girardin (PS) et Etienne Rivier (PLR), avec une volonté de revanche du PS qui a perdu du terrain aux dernières élections, contre les deux municipaux de Vevey Libre.»

Deux hommes forts

Elu socialiste dans la commune voisine, le journaliste retraité Jacques Vallotton a toujours suivi de près la politique veveysanne et tire un constat alarmiste. «Sans direction de poigne, cette municipalité est aux mains de deux hommes forts. Jérôme Christen joue son propre jeu: avec Vevey Libre il n’a de comptes à rendre à personne et il cherche à attiser le feu après avoir lui-même fait l’objet de dissensions. Lionel Girardin n’a pas le charisme de Christen et n’est pas très aimé au sein de son propre parti. Il a mis le feu aux poudres cet automne en décidant d’externaliser la gérance des logements publics (dont Vevey est riche) alors que le dossier appartenait à Michel Agnant.»

Le véritable changement de climat politique au sein de la Ville d’images vient du manque d’envergure politique pour beaucoup. «Le centre-ville est mort, la municipalité n’a plus de vision commune d’avenir pour Vevey, note un politicien de la région. La municipalité a été trop renouvelée, l’ancien syndic Laurent Ballif était omniprésent et a mal préparé sa succession. Les graves dissensions actuelles se font au détriment de tout le monde. Et cela donne de plus amples raisons à Nestlé de retirer ses aides à la ville.»

Conséquences sur la politique culturelle

Le géant de l’alimentaire, fâché du moratoire décidé par la commune sur sa politique de construction, a décidé d’en faire payer le prix, en l’occurrence culturel, à la ville. Il y a deux mois, il renonçait au projet de la Ferblanterie, un grand espace d’art qu’il s’apprêtait à mettre à la disposition du Festival Images, et a coupé pour les cinq prochaines années sa subvention annuelle de 65 000 francs accordée au Musée Jenisch.

Lire aussi: Fâché, Nestlé s’en prend à la culture veveysanne

La mésentente fait-elle peser d’autres menaces sur les institutions veveysannes? La Fête des vignerons prévue en juillet et août 2019 est gérée par sa Confrérie et semble ainsi hors d’atteinte. Mais certains redoutent déjà la gestion par la ville du résultat du vote communal sur la création d’un parking souterrain à la place du Marché, à la suite de l’aboutissement de l’initiative populaire le 1er mars 2018. «Avec ces politiciens de petits pieds et leurs Genferei en pays de Vaud, dans l’absence de consensus politique, le projet apparaît ingérable», soupire Jacques Vallotton.

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