Dans une semaine, les jeux seront quasi faits sous la Coupole. On saura alors quelle sera la (nouvelle?) composition du Conseil fédéral. Avec ou sans Eveline Widmer-Schlumpf? Avec un ou deux UDC? Avec un ou deux PLR? Avec Alain Berset ou avec Pierre-Yves Maillard? Les auditions des candidats, vendredi à Berne, n’ayant pas fait beaucoup progresser la possibilité d’un pronostic sûr, c’est lors de la fameuse «nuit des longs couteaux» – certains disent «petits canifs» – celle du mardi 13 au mercredi 14 décembre, que tout se décidera, après que les lames auront été affûtées une fois les stratégies partisanes d’alliances décidées dans les alcôves des hôtels de la capitale. Cette élection est «entourée de nombreuses inconnues», constate le site Swissinfo, car «l’UDC est bien décidée à récupérer son deuxième siège perdu après la non-réélection de Christoph Blocher en 2007. La question est de savoir si le parti de la droite conservatrice y parviendra, et si oui, à quel prix.»

Quoi qu’il en soit, «les 4 candidats au Conseil fédéral ont été auditionnés par différents groupes parlementaires mardi, explique la TSR. La plupart des partis qui ont entendu les socialistes Alain Berset et Pierre-Yves Maillard les ont déclarés tous deux éligibles. Seuls les Verts libéraux ont affiché une préférence marquée pour Alain Berset. Côté UDC, Jean-François Rime et Bruno Zuppiger n’ont eu droit qu’à l’attention du PLR et des Verts libéraux. Le PLR n’a pas voulu trancher entre les deux agrariens. Les Verts libéraux prendront eux une décision le 13 décembre. PDC et PBD procéderont aux auditions des candidats la semaine prochaine.»

Une seule chose est peut-être sûre: «la cote de Maillard remonte», comme le dit le quotidien de son canton, 24 heures, où il faut aussi déguster le dessin de Burki. Entré par la porte des visiteurs, il «était là pour se battre. Car, en coulisses, les observateurs sont formels: sa cote est à la hausse après une très bonne prestation à l’émission de télévision alémanique Arena. Le style du ministre de la Santé a plu outre-Sarine et l’initiative prise d’écrire à tous les parlementaires a plutôt bien passé. Au sortir des auditions, [il] se confie volontiers. Son objectif: convaincre qu’il n’est pas cette terreur de gauchiste que d’aucuns décrivent. […] Tout autre style que celui d’Alain Berset. […] L’après-midi aurait-elle été décisive? «Non, je ne crois pas. En fait, je ne sais pas si ces auditions sont vraiment importantes. Certains ont déjà pris leur décision depuis longtemps», analyse-t-il avant de s’esquiver.»

«Au fil des interviews croisées, les deux candidats socialistes», écrit le site Béquilles de notre ex-collègue Jean-Claude Péclet, «avançaient jusqu’ici avec une prudence de Sioux, esquivant les sujets qui fâchent (secret bancaire, relations Suisse-Europe), soulignant davantage leurs points communs que leurs divergences. On avait parfois le sentiment d’assister à une mise en scène signée Christian Levrat à la gloire du PS-qui-est-capable-de-proposer-des-politiciens-de-si-bon-niveau. C’était un peu lisse et ennuyeux. Aujourd’hui, Pierre-Yves Maillard a passé la vitesse supérieure en envoyant une lettre de motivation.»

Bien que cela suscite un enthousiasme dingue dans l’esprit de Pascal Décaillet, «ce n’est pas encore le «I have a dream» de Martin Luther King mais la démarche de Pierre-Yves Maillard est originale, reconnaît Le Matin de Lausanne. Le conseiller d’Etat vaudois […] a écrit une lettre aux 246 parlementaires sous la Coupole. C’est un peu une lettre de motivation ou un contrat d’engagement qu’il passe avec les élus du Conseil national et du Conseil des Etats», dont on peut lire le détail sur le site du Parti socialiste vaudois.

Le même journal dit aussi que «le nouveau président du groupe latin PDC sous la Coupole fédérale ne mâche pas ses mots. Le Genevois Luc Barthassat estime que «le PLR doit abandonner un siège au Conseil fédéral». Comment arrive-t-il à cette conclusion? «Selon moi, il est clair que les deux grands partis UDC et PS ont droit à deux sièges chacun au Conseil fédéral. Ensuite, vu que le centre s’est renforcé, je suis pour la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf. Voilà pourquoi le PLR, qui s’est éloigné du centre, doit perdre un de ses deux sièges. Je suis malheureux pour eux, mais c’est la réalité des chiffres.»

Quoi qu’il en soit, «à peu près tout peut se produire lors de cette élection, estime L’Agefi. Le système est ainsi fait qu’aucune stratégie n’est vraiment préméditable. Le choix des conseillers fédéraux finit souvent par s’improviser dans une atmosphère de déchaînement. […] Si l’un des deux libéraux-radicaux était renversé, il serait peut-être préférable que ce fût Didier Burkhalter plutôt que Johann Schneider-Ammann. Schneider-Ammann a une vraie et substantielle expérience d’économie privée. […] De ce point de vue, même Jean-François Rime serait préférable à Bruno Zuppiger.

»Côté socialiste, poursuit le quotidien économique, la forte personnalité de Pierre-Yves Maillard fait évidemment très envie à côté de la correction politique d’Alain Berset (trop souvent adepte d’un nian-niantisme de gauche sans inspiration). Maillard a un côté populiste assez en phase avec les sensibilités du moment […]. Il a montré qu’il pouvait tout à fait composer avec d’autres sensibilités politiques, les laisser faire et s’investir complètement sur ses dossiers de prédilection. On sait qu’ils pourraient être la caisse maladie unique, la suppression totale de l’armée ou du secret bancaire. Autant de thèmes se réglant dans les urnes en un week-end, et sur lesquels les conseillers fédéraux n’ont guère de prise.»

Alors c’est un vieux routier de la politique fédérale, Georges Plomb, qui nous explique tout dans Coopération: «L’élection du Conseil fédéral pourrait être l’une des plus compliquées depuis 1848. Chaque scrutin, ou presque, peut troubler les suivants.» Mais en gros, «Eveline Widmer-Schlumpf sort renforcée» depuis mardi, estime Le Nouvelliste: «Seuls le PLR, l’UDC et les Verts libéraux ne s’engagent pas derrière elle, pour l’heure du moins. La ministre PBD peut compter sur les voix du PS, du PDC, des Verts et de son propre parti. A eux quatre, ils réunissent 128 voix à l’Assemblée fédérale, soit la majorité absolue.

»Si l’UDC veut un second conseiller fédéral, précise donc le journal valaisan, elle devra s’attaquer au fauteuil d’un libéral-radical. Elle obtiendrait le soutien du groupe parlementaire socialiste, qui lui a posé un ultimatum. L’UDC a jusqu’à mardi pour y répondre. Si elle renonce à s’attaquer au fauteuil d’un conseiller fédéral libéral-radical, «nous considérerons que le parti préfère attendre une vacance PLR pour revendiquer un deuxième siège, a déclaré le président du PS Christian Levrat mardi devant la presse. En clair, le PS reconnaît le droit à l’UDC de détenir deux sièges, mais au détriment du PLR, a renchéri la cheffe de groupe Ursula Wyss. […] Du côté de l’UDC, on souffle le chaud et le froid. Rebondissant sur les déclarations de nombre de ses parlementaires, son président Toni Brunner a affirmé ne pas envisager d’attaquer un siège PLR, mais qu’en cas d’échec face à Mme Widmer-Schlumpf, «tout est possible».»

«On en salive d’avance, n’est-ce pas?» questionne alors le site Largeur.com: «Avec les années et tout spécialement depuis 2003, le renouvellement du Conseil fédéral a pris valeur de spectacle incontournable, de numéro de cirque prisé des petits comme des grands, de corrida où l’assurance d’une mise à mort nous est quasi donnée.» Et de conclure qu’on pourra, «si l’on a l’humeur optimiste, se consoler en se disant que la politique-spectacle du moins c’est encore de la politique, tandis qu’une politique sans le spectacle annoncerait le silencieux triomphe d’une bureaucratie sans visage».

Ce qui fâche tout de même le Politblog de différents quotidiens suisses, où l’on peut lire que «les élections au Conseil fédéral suscitent toujours un très vif intérêt, car la population souhaite que soient placés à la tête du pays non pas les mollassons et les farfelus, mais les hommes et femmes politiques les plus capables de Suisse. Cela explique la curiosité légitime envers les personnes susceptibles d’occuper ce poste. Pourtant, ce qui se passe dans la foire aux vanités politiques et partisanes à l’approche du scrutin du 14 décembre dépasse toute curiosité, pour légitime qu’elle soit – avec des effets secondaires dévastateurs: la politique réelle reste sur le carreau, ou du moins à l’arrière-plan, couverte par le bruit et la fureur autour des candidats pressentis.»

Et ce sera tout pour aujourd’hui. Il reste six jours de bruit et de fureur.