Affaire kadhafi

Les scénarios des opérations d’exfiltration

Différents plans pour faire sortir Rachid Hamdani et Max Göldi de Libye ont été envisagés. Un projet d’exfiltration par l’Algérie a échoué: le gouvernement algérien exigeait qu’on lui remette des opposants établis en Suisse

Qui savait quoi à propos des opérations d’exfiltration des otages retenus en Libye? Rumeurs et indiscrétions se multiplient dans un climat délétère de règlements de comptes. Les fantasmes, aussi. Une chose est sûre: au moins deux interventions pour libérer Rachid Hamdani et Max Göldi ont été planifiées, en hiver 2008 et au début de 2009, et des ordres d’engagement ont bien été donnés, comme l’a affirmé lundi la présidente de la Confédération. Sans que l’ensemble du Conseil fédéral n’en ait été informé.

L’UDC veut faire croire que des soldats suisses armés jusqu’aux dents étaient prêts à intervenir en Libye. La réalité est bien différente: l’intervention aurait plutôt été le fait de membres des services de renseignement ou de soldats d’élite du DRA 10. Qui seraient intervenus en civil, sans recourir à la force mais en privilégiant la ruse.

Plusieurs variantes ont été étudiées. Arrêtés en juillet 2008 peu après l’arrestation musclée d’Hannibal Kadhafi à Genève, Max Göldi et Rachid Hamdani ont passé 10 jours en prison, avant d’être libérés sous caution. Berne a alors vite réalisé que la crise allait durer, les deux hommes étant privés de leur passeport et dans l’impossibilité de quitter le pays. L’ambassadeur Jacques Pitteloud, chef du Secrétariat politique du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est parti, en août 2008, plusieurs semaines à Tripoli. Officiellement pour assister l’ambassade. Mais l’ex-coordinateur des Services de renseignement était vraisemblablement aussi là pour faire du repérage, recueillir des informations sur le terrain et envisager différents scénarios de sortie des otages. Dont une exfiltration.

L’idée de faire sortir les otages avec l’avion de l’ambassadeur a germé dans certains esprits, soulignaient récemment différents médias. Celle de cacher les otages dans une voiture aux plaques diplomatiques pour filer ensuite vers la frontière la plus proche, aussi. Mais impliquer directement le personnel diplomatique, dont les moindres faits et gestes étaient surveillés par les Libyens, a été jugé bien trop risqué.

En décembre 2008, le scénario d’une exfiltration discrète vers l’Algérie aurait été sérieusement étudié. Le Tages-Anzeiger évoquait jeudi l’idée d’une expédition touristique vers l’oasis de Ghadamès, ville à 650 kilomètres de Tripoli, à la frontière de la Tunisie et de l’Algérie, d’où s’organisent de nombreux treks dans le Sahara. Mais les Algériens auraient fait capoter le plan, en posant des conditions que Berne ne pouvait pas accepter: la livraison d’opposants politiques réfugiés en Suisse.

Une autre opération a été envisagée début 2009. Depuis le Niger. Le scénario était apparemment plus avancé: des hommes étaient déjà sur le terrain, assurent plusieurs sources. Mais les services secrets algériens, au vent de l’affaire, auraient informé leurs homologues libyens, mettant ainsi fin au plan.

Y a-t-il eu d’autres tentatives par la suite? Comme Le Temps l’annonçait jeudi, Ueli Maurer, le chef du Département de la défense, a bien été mis au courant, en succédant à Samuel Schmid, des différents plans envisagés. Selon son entourage, il a décidé de tout stopper en trois jours, en mai 2009. Depuis, plus aucune opération d’exfiltration n’aurait été sérieusement étudiée.

Voilà une thèse qui vient affaiblir celle de Hans-Rudolf Merz. Le ministre des Finances est venu vendredi avec une note au Conseil fédéral pour accuser en substance Micheline Calmy-Rey de ne pas l’avoir informé des opérations planifiées, avant son voyage à Tripoli, en août 2009, et sa rencontre avec Mouammar Kadhafi, un mois plus tard à New York. Une manière de l’accuser de ne pas lui avoir permis d’avoir toutes les cartes en main pour mener ses missions à bien.

Mais, vendredi dernier, la TSR laissait entendre qu’en septembre 2009 encore un commando était censé opérer depuis l’Egypte. Quelques jours avant le kidnapping de Rachid Hamdani et Max Göldi par les autorités libyennes durant une visite médicale. Les Libyens avaient alors justifié l’enlèvement en évoquant des interventions militaires envisagées par la Suisse. Ils faisaient notamment allusion aux propos de Didier Burkhalter, alors conseiller aux Etats, dans la Tribune de Genève et 24 heures, selon lesquels le DRA 10 était parfaitement capable d’intervenir dans le golfe d’Aden ou en Libye. Y avait-il réellement une nouvelle action de libération en préparation? En fait, affirment des proches du dossier à Berne, les Libyens auraient surtout été courroucés par les restrictions en matière de visa: Saif al-Islam Kadhafi, un des fils du colonel, venait de se faire refuser un sésame pour la Suisse peu de jours avant.

Aujourd’hui, le Conseil fédéral devrait savoir ce qui s’est exactement passé. Car il a en main le rapport que Doris Leuthard a exigé du DDPS et du DFAE sur ces fameux projets. Reste que le rapport est classé secret. Les rumeurs les plus folles continuent donc de courir. Hier, le Blick online relevait qu’un nouveau plan secret d’exfiltration aurait été prévu en décembre 2009.

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