Si le départ de Peter Kurer n’étonne guère à Berne, l’arrivée de Kaspar Villiger a en revanche surpris les élus. Des élus partagés entre l’embarras, du côté des radicaux (voir ci-dessus), et le scepticisme de l’UDC et des socialistes. Quant au PDC, il n’a semblé ni particulièrement enthousiaste ni chagriné. Et si les uns saluent la complémentarité du tandem Villiger-Grübel, les autres regrettent que le futur président ne soit pas issu des milieux bancaires. Enfin, des parlementaires s’inquiètent du but visé par cette nomination: la grande marge de manœuvre laissée au directeur général de la banque.

«Un autre monde»

C’est dans les rangs de l’UDC et du PS que les critiques se font, ouvertement, les plus vives. Pour le président du PS, Christian Levrat, malgré l’expérience et le capital de confiance au sein de la population dont dispose Kaspar Villiger, l’ex-ministre incarne aussi «le retour du Filz radical qui avait conduit Swissair à sa ruine». Les socialistes et les démocrates du centre pointent également l’implication de Kaspar Villiger, en tant que membre du conseil d’administration de Swiss Re, à la débâcle du réassureur.

Ces deux partis, rappelons-le, exigent que la Confédération siège dans le conseil d’administration d’UBS. L’arrivée de l’ex-conseiller fédéral Villiger remplit-elle en partie cette exigence? «Formellement non», répond Christian Levrat: «Le président du CA doit avant tout veiller à l’intérêt de la banque. Nous voulons quelqu’un qui veille à celui du public.» Même son de cloche du côté du démocrate du centre Hans Fehr: «UBS a été sauvée par les contribuables. Nous maintenons nos exigences», prévient le conseiller national, déplorant, en outre, qu’UBS n’ait «pas privilégié un battant pour succéder à Peter Kurer, mais un homme de compromis. D’autant que Kaspar Villiger ne connaît pas dans les détails la pratique bancaire». Des représentants des milieux économiques regrettent également le manque d’expérience dans le domaine de la banque d’investissement aux Etats-Unis du nouveau président d’UBS. «C’est un autre monde», relève l’un d’eux. Or, en cas de crise, entend-on, il ne faut pas devoir compter uniquement sur le directeur général.

Enfin, officiellement, le Département fédéral des finances de Hans-Rudolf Merz se dit confiant que l’ancien conseiller fédéral et entrepreneur «réussira à ramener la banque vers des eaux plus calmes et restaurera la confiance». Le conseil d’administration d’UBS, poursuit le DFF, tire un trait «pas seulement symbolique sur le passé». Quant à la ministre de l’Economie, Doris Leuthard, citée par l’ATS, elle a souligné que le Conseil fédéral a pris acte de cette désignation.