Les résultats de la votation sur les Accords Schengen/Dublin, le 5 juin dernier, traduisent une polarisation accrue en matière de politique européenne. C'est là l'une des conclusions de l'analyse Vox, organisée par l'institut GfS à Berne, qui relève notamment que l'écart a plus que triplé, depuis la votation sur l'EEE en 1992, entre les sympathisants de l'UDC et ceux des autres partis bourgeois. Lors du dernier scrutin, 92% des partisans de l'UDC ont rejeté les accords, alors que 79% des personnes se déclarant proches du PRD et 72% des sympathisants du PDC les approuvaient.

Distinguo linguistique stabilisé

En 1992, l'écart entre les sympathisants de l'UDC et ceux des autres partis bourgeois n'était encore que de 21%. Il est passé à 45% lors du vote sur le premier paquet d'accords bilatéraux en 2000, pour atteindre 64% le 5 juin dernier. A l'inverse, les différences entre les régions linguistiques se sont stabilisées. D'une part, l'enthousiasme pro-européen a singulièrement diminué dans les campagnes romandes, où le taux d'acceptation a chuté de 71% à 53% entre 1992 et 2005. D'autre part, les villes alémaniques ont connu une évolution exactement inverse, le oui passant de 53% à 72%.

L'étude des motifs invoqués par les votants montre que les partisans des Accords de Schengen/Dublin ont surtout été guidés par le désir de s'ouvrir vers l'Europe, de coopérer et d'éviter l'isolement. Les opposants ont plutôt été inspirés par la crainte d'une adhésion à l'UE par la petite porte, une augmentation de l'immigration et de la criminalité et une perte de sécurité. Les personnes qui souhaitent une Suisse ouverte et moderne, qui sont attachées à l'égalité des chances entre Suisses et étrangers et qui accordent peu d'importance à l'ordre et à la sécurité, ont dit oui aux accords. Celles qui prônent la fermeture de la Suisse, la défense des traditions, l'ordre et la sécurité et qui demandent un traitement de faveur pour les Suisses ont dit non.

Comme pour l'EEE et les premiers accords bilatéraux, le statut socio-économique est une dimension importante pour expliquer le comportement de vote. Les personnes au bénéfice d'une formation élevée, les cadres et les professions libérales, ainsi que les personnes dotées de revenus confortables ont accueilli les accords très positivement. Ni le sexe ni l'âge n'ont eu d'influence significative sur le choix des votants. Il apparaît encore que les votants ont fait leur choix relativement tard dans la campagne: 37% d'entre eux se sont décidés entre 6 et 2 semaines avant la votation et 17% ont attendu la phase finale.