Cultures

Le Schoenberg, ce mal-aimé fribourgeois

Le quartier à l’est de la ville accueillera vers 2014 le gigantesque pont de la Poya. Se battant contre sa mauvaise réputation, il se sent oublié

«Le Schoenberg, c’est craignos.» Cette réputation qu’on entend jusqu’à Genève, les 9000 habitants du quartier de l’est de la ville de Fribourg la combattent. Avec 80 nationalités, le plus grand quartier de la capitale est séparé du centre par la Sarine. Le pont de Zaehringen la surplombe, mais il fermera. Dès 2014, le Schoenberg changera, avec l’ouverture d’un gigantesque pont en direction de la patinoire Saint-Léonard: la Poya. Mais le Schoenberg, c’est quoi?

A l’origine, ce sont des pâturages phagocytés par la ville. Vers 1920, il aurait dû devenir un quartier de jardins. Il se développera anarchiquement dès 1960 avec des HLM pris en sandwich entre d’anciennes villas.

Surnommé «Bershow» en verlan amélioré – comme un signe de fierté – depuis les années 90, le Schoenberg est un mix de cultures. La proportion d’élèves germanophones et d’étrangers est plus grande qu’ailleurs. C’est aussi un mélange de salaires, de loyers – les moins chers de la commune –, entre ville et nature.

Au pied des appartements trône une vieille bâtisse en bois; devant elle, une remorque, pour les bottes de paille. Plus le visiteur grimpe, plus le quartier oublie qu’il est en ville. Et, tout d’un coup, la campagne et les Préalpes s’étendent à perte de vue.

Au milieu du quartier, la gendarmerie et une école voisinent le centre de loisirs. Fanny Jobin et Mariella Bonadei, les deux animatrices socioculturelles, voient passer chaque jour une centaine d’enfants. Pour elles, l’endroit est jeune, métissé, bigarré, avec beaucoup de familles: «C’est un des quartiers où il y a le plus de mouvements. Les nouveaux habitants viennent ici avant de déménager dans un autre quartier.»

«Une fierté s’est progressivement installée, et les loyers commencent à grimper avec la belle vue sur la ville», poursuivent-elles. Bien sûr, dans ce «microcosme», il existe par endroits une certaine précarité. Elle reste marginale. Aujourd’hui, il manque surtout un endroit où la population puisse «s’exprimer».

Sans véritables statistiques, la police confirme que le quartier ne connaît pas plus de violences qu’un autre. Tout au plus y a-t-il eu un meurtre marquant il y a quelques années, ou un incendie criminel dans un garage souterrain en 1999, pour marquer les mémoires.

Jean-Fabrice Perroulaz parle d’un quartier «paisible». A 31 ans, ce rappeur du groupe Soulslicers habite ici depuis 1989. Il s’est produit aux Etats-Unis. «Avec une plus grande proportion d’étrangers, le quartier a connu une manière de vivre différente qu’ailleurs, souligne-il. Cela a peut-être choqué ceux qui ne sont pas d’ici.»

Autour d’un café, Erwin Nussbaumer n’a pas vraiment de réponse non plus à donner à cette réputation. «C’est peut-être à cause d’un match de foot en Singine il y a plusieurs dizaines d’années.» Les joueurs du Schoenberg avaient été rugueux. Ou alors, à la rigueur, c’est lié aux problèmes de tri des ordures à la déchetterie. La Ville avait dû engager des Securitas il y a trois ans.

«Quand j’étais petit, presque tous les directeurs de banque habitaient ici», se souvient Charles de Reyff. Ce démocrate-chrétien est le chef du Service cantonal de l’emploi. Jusqu’en 2011, il était membre de l’exécutif communal. Yves Rossier, directeur de l’Office fédéral des assurances sociales et futur secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, a grandi ici et y habite toujours.

Le quartier serait même trop paisible. Il a l’impression d’être oublié et de devenir un dortoir comptabilisant peu d’activités économiques. Seule une dizaine des 80 membres du parlement communal habite ici. Il manque un vrai centre. La Migros, baptisée «la rassembleuse», ne suffit pas. Il faudrait des espaces verts. Le projet de parc de Maggenberg, au sommet de la colline, est un peu lent.

«Si le Schoenberg est oublié? En partie pour les aménagements et les espaces verts, même s’il a déjà sa propre vie de village, note Charles de Reyff. On parle beaucoup des mesures d’accompagnement du pont de la Poya, du réaménagement de la Basse-Ville ou du Bourg. Mais, à moyen terme, il faudra aussi inclure le Schoenberg.»

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