C'est l'enfant chéri d'Ernst Buschor: de toutes les réformes du directeur de l'Instruction publique zurichoise, le Schulprojekt 21 (qui introduit l'apprentissage de l'anglais et de l'informatique dès la première primaire) définit à merveille la philosophie de l'ancien professeur de Saint-Gall: une école qui donne aux enfants les moyens de trouver leur place dans la société en les préparant aux nouveaux développements économiques et sociaux. Vendredi à Flurlingen, dernier village de la campagne zurichoise avant Schaffhouse, Ernst Buschor et une équipe indépendante d'évaluation tiraient un énième bilan intermédiaire de ce projet pilote de trois ans: le troisième en fait et ce n'est pas un hasard: les Zurichois devront prochainement se prononcer sur la réorganisation de leur école publique. Or, le Schulprojekt 21 est en petit LA vision de ce que doit être l'enseignement de demain, selon la méthode Dr Buschor. Après le sud du canton et la métropole, cela vaut bien un tour de propagande dans les campagnes du nord…

Le Projet scolaire 21 est bien plus que l'enseignement de l'anglais avant le français, tel que les francophones ont pu le ressentir. Il repose en fait sur trois piliers. Le premier consiste à optimiser les conditions personnelles et sociales d'apprentissage au travers de la prise en charge de l'enfant par lui-même. Les concepteurs estiment que plus tôt l'élève apprend à se débrouiller seul, plus vite et avec plus de plaisir, il emmagasinera les connaissances. Ces dernières ne doivent pas être comprises au sens scolaire, mais aussi comme expériences de vie. Concrètement, le projet favorise les rapports sociaux et l'enseignement entre différents niveaux d'âge, les plus avancés tirant les plus lents, chacun intériorisant un comportement social: la coopération.

De nettes préférences

A ce titre, l'introduction de l'ordinateur en première primaire fait figure d'exercice pratique. Une à deux fois par semaines et à raison de 15-20 minutes par session, les enfants sont confrontés à l'ordinateur. Obligés de travailler ensemble, car il n'y a pas assez de machines, ils ont la possibilité de se familiariser avec les nouvelles technologies, l'Internet, les e-mails. Lors de la démonstration organisée à Flurlingen, les éléves de deuxième étaient capables de répondre aux e-mails de leurs enseignants, d'écrire un texte et de le corriger au moyen du programme de correction automatique. La maîtresse de classe se dit enchantée: les enfants témoignent d'une plus grande confiance en eux et les affres de la composition prennent des allures de jeu. De même pour l'anglais, dont le concept d'immersion pendant les cours de chant, de mathématiques ou d'environnement, est censé les sensibiliser aux langues étrangères et aux autres cultures. L'anglais a été choisi au détriment du français pour sa popularité et son utilisation déjà largement répandue dans la société alémanique.

Alors, à mi-parcours, quel bilan tirent les experts? Les enfants d'abord se montrent enthousiastes surtout lorsqu'il s'agit de travailler avec l'ordinateur. Selon un questionnaire réalisé à Affoltern am Albis, l'anglais est moins plébiscité par les enfants que le computer. Pour les parents en revanche, l'anglais prime, alors que le mélange des âges, bien que jugé globalement positif, rencontre le plus de résistance. Et comment les enseignants accueillent-ils cet essai? Là, cela se gâte. Les enseignants et la commission d'évaluation mettent le doigt sur les manquements (de jeunesse?) du concept au point que les experts mettent en garde: «la période d'essai ne permet pas de conclure à un modèle convainquant pour l'école du futur». De manière générale, les enseignants sont débordés de travail supplémentaire: ils ne disposent pas d'assez de connaissances de base en informatique ni des programmes d'enseignement adéquat. Seuls les maîtres et maîtresses jouissant d'un bon niveau d'anglais et de sa culture sont à même de réussir l'immersion des enfants dans cette langue.

Des problèmes à résoudre

Enfin, le mélange des niveaux d'élèves est très critiqué: les maigres résultats obtenus ne compensent pas la surcharge psychique et physique vécue par les enseignants. Et la commission de conclure: il faut mieux accompagner les enseignants en leur fournissant une méthode de travail et des manuels. En anglais, le niveau des connaissances doit être impérativement amélioré si l'on veut étendre l'enseignement de cette langue à toutes les premières primaires. Ernst Buschor a promis de prendre les mesures nécessaires. mais de toute façon, le peuple est avec lui: il n'a jamais perdu une votation.