Les conseillers d'Etat à l'éducation de Berne, Neuchâtel et Fribourg ont écrit, début janvier, une amère missive à la conseillère fédérale Ruth Dreifuss. Rendue publique mardi, cette lettre fait état d'une inquiétude croissante à propos de la recherche en sciences humaines et sociales, domaines de plus en plus négligés, selon ces magistrats et les universitaires, par les autorités fédérales.

Cette démarche succède à l'annonce de la liste des pôles de recherche nationaux (PRN), en décembre dernier: ces dix nouveaux instruments de promotion de la science, dont la mise sur pied débutera cette année, ne comptent en effet aucun projet en sciences sociales, pourtant invitées à concourir. Trois programmes émanant des sciences sociales pourraient toutefois être repêchés si le parlement accepte des crédits additionnels. L'éviction de ces disciplines suit d'autres déconvenues, comme le fait que les subventions prévues pour un «campus virtuel» national sur Internet ne profiteront pas non plus aux sciences sociales ou humaines.

«Importance sous-estimée»

«Aussi bien la structure du Fonds national de la recherche scientifique et la répartition des crédits par cette institution [que] la récente décision en matière de pôles de recherche montrent que l'importance de la recherche en sciences humaines et sociales est largement sous-estimée par la Confédération», lancent Mario Annoni (Berne), Augustin Macheret (Fribourg) et Thierry Béguin (Neuchâtel). «Il est à notre avis urgent d'entreprendre une réflexion sur les réformes structurelles qui permettent de prendre également en compte de façon équitable les besoins de la recherche» dans ces disciplines.

Cette lettre a été conçue de concert avec les recteurs des trois hautes écoles. Celles de Berne et de Neuchâtel ont chacune obtenu le pilotage d'un PRN, respectivement en étude des changements climatiques et en biologie. Selon Augustin Macheret, cette réaction s'explique par le fait que «les décisions fédérales profitent essentiellement aux sciences techniques» et que les savoirs sociaux ou culturels sont «ignorés»: «Nous mettons en cause la procédure de sélection et voulons rappeler qu'il faut impérativement tenir compte des sciences humaines.»

Corriger le tir

Ces doléances politiques suivent celles de quelque 230 assistants et jeunes chercheurs, qui avaient fait connaître leur colère deux jours après la présentation des pôles par Ruth Dreifuss (Le Temps du 22 décembre). Les trois conseillers d'Etat, dont les universités sont regroupées au sein du réseau Benefri, plaident également pour leurs propres projets: ils ont en effet déposé une demande de quelque 8 millions de francs auprès de la Conférence universitaire suisse pour financer des programmes communs en droit international, européen et de la santé ainsi qu'en langues romanes. Les responsables de Benefri ne manquent pas de rappeler cette requête dans leur courrier à la conseillère fédérale, comme une invitation à corriger le tir par ce biais.