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Pour Christophe Clivaz, «lentement, les mentalités changent.»
© OLIVIER MAIRE

CLIMAT

Le scientifique qui imagine un tourisme sans neige

Le politologue Christophe Clivaz publie un ouvrage qui analyse les risques et les opportunités du réchauffement climatique pour le secteur du tourisme hivernal

Ecolo et intello. «Deux bonnes raisons de ne pas être aimé des Valaisans», sourit Christophe Clivaz. Le politologue est un modeste. Quand il s’est porté candidat au Conseil des États pour les Verts, c’était sans ambition d’élection, «pour pouvoir participer au débat». Et faire avancer des idées qui auront convaincu plus de 10% de l’électorat en octobre, alors que son parti pèse 5% des voix.

Aujourd’hui, le scientifique publie Tourisme d’hiver, le défi climatique, un livre qui analyse les conséquences des changements climatiques pour le tourisme alpin. L’ouvrage économique paraît pendant que les stations de ski pestent contre les températures trop chaudes du mois de novembre et espèrent sauver le chiffre d’affaires de Noël. Son auteur ne nourrit pas beaucoup d’espoir sur l’accord que les chefs d’Etat négocient à Paris au même moment.

«Les habitants des alpes ont deux générations pour se préparer à la sortie du ski»

De son bureau à quelques kilomètres de Sion, il voit les sommets timidement enneigés à travers une une large baie vitrée. Le professeur de l’institut de géographie et de durabilité de l’université de Lausanne parle d’économie verte. Conscient que son engagement militant peut desservir son message, il insiste: «Ce n’est pas un manifeste politique, c’est le travail de trois scientifiques». Comme les deux chercheurs avec lesquels il a collaboré, le spécialiste du tourisme doute de l’avenir des sports d’hiver en Suisse, un marché qui régresse. La limite du zéro degré, qui garantit l’enneigement naturel, est remontée de 300 mètres depuis 1960. Elle ne cesse de prendre de l’altitude. Christophe Clivaz milite pour l’anticipation: «les habitants des alpes ont deux générations pour se préparer à sortir du ski».

Quand il évoque les changements climatiques, le politologue décrit le secteur touristique à la fois comme un «coupable» et «une victime». Alors que le transport des visiteurs génère des gaz à effet de serre, les stations les plus petites et les plus basses sont immédiatement menacées par l’augmentation des températures. Elles souffrent d’un enneigement naturel de plus en plus rare, et d’un enneigement mécanique trop onéreux. En Suisse, il consomme l’eau de 140 000 ménages par année et coûte près de 600 000 milles francs le kilomètre de piste. De nombreuses sociétés, trop petites et éclatées, ne peuvent pas assumer ces charges. Depuis 20 ans et un travail de diplôme qui portait déjà sur le tourisme à Crans-Montana, le Valaisan répète sur tous les tons que «les acteurs doivent se regrouper pour augmenter leur surface financière».

La vie difficile des Verts valaisans

Christophe Clivaz prétend souvent que ses activités scientifiques et son engagement politique coexistent par hasard. Lui souhaitait juste «comprendre l’action de l’Etat», après avoir obtenu un doctorat en administration publique. Pourtant, les discours du politologue et du politicien ne varient que sur la forme. En conférence ou au parlement, il prêche la diversification des activités estivales. Il explique que «la randonnée est l’activité la plus pratiquée par la clientèle fortunée des Alpes», et il encourage le développement de l’offre culturelle. Avec calme, il énumère les bouleversements inéluctables d’un secteur toujours soumis aux impératifs économiques de l’hiver à venir, et qui «peine à envisager de nouveaux modèles».

Dans sa bibliothèque, les rapports compilés par le Conseil fédéral sur le tourisme s’accumulent. Ils proposent différentes mesures de développement durable. Christophe Clivaz ne perd pas son flegme pour regretter que «ces programmes restent dans les tiroirs», faute de mesures contraignantes. Les politiques d’adaptation aux changements climatiques restent marginales dans les cantons et les communes chargés de les mettre en oeuvre. Le politologue loue les Grisons, Berne et le canton de Vaud, qui forcent la diversification et limitent leurs investissements dans le ski aux plus hautes altitudes. Il critique sévèrement le Tessin et le Valais, «qui n’ont pas de stratégie».

Aux pays des conservateurs, ce discours «urbain» qui vise à la décroissance n’est pas toujours bien reçu. Lorsque quelqu’un l’aborde dans la rue, le conseiller municipal de Sion se demande toujours si c’est «pour l’insulter ou le féliciter». Tout le monde ne lui a pas pardonné son soutien à la Lex Weber, qui limite les résidences secondaires. Elle entrera en vigueur le premier janvier 2016 alors que les trois quarts des Valaisans l’avaient refusé. Au parlement où il siège depuis 2013, les Verts ne comptent que deux députés sur 130 et leurs victoires sont rares. Alors Christophe Clivaz est parfois «fatigué» mais jamais «découragé». Pour lui, «lentement, les mentalités changent». Même dans la bataille politique, il mise sur le développement durable.

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