«Vous me gâchez mon dimanche» lâche Graciela rencontrée dans une brasserie du centre d’Annemasse. Elle vient d’apprendre le score du MCG: «Je ne comprends pas, c’est honteux» Graciela habite Archamps (Haute-Savoie) et est publicitaire à Genève. «En ce moment, poursuit-elle, je suis en traitement dans une clinique genevoise, le personnel para-médical est essentiellement français, Genève sans ses frontaliers ça n’existe pas». Rue de la République, Odette, 83 ans, promène son chien. Elle a travaillé pendant 20 ans chez Schlinder Ascenseurs dans la cité de Calvin. «Il y avait 17 nationalités dont beaucoup de Français, pourquoi aujourd’hui se retouner contre eux?» s’interroge-t-elle. Christian Dupessey, le maire socialiste de la seconde ville de Haute-Savoie (30 000 habitants) se dit déçu» et «inquiet» par le bond du MCG. Il se rassure comme il peut: «Après tout, 75% des électeurs genevois n’ont pas voté pour ce parti populiste, je ne pense pas que cela ait une incidence sur nos grands projets transfrontaliers»

Pas qu’un parti raciste

La déception est tout aussi perceptible à Saint-Julien-en-Genevois dont 10% des 10 000 habitants sont des Suisses. «C’est une mauvaise nouvelle» commente Jean-Michel Thénard, son maire. Il tente un début d’analyse: «Il me semble que des choses sont allées trop vite dans notre région ces dernières années et que la population n’a pas été associée à ces coups d’accélérateurs. Le MCG n’est pas qu’un parti raciste, il sait aussi écouter, recevoir les doléances des citoyens désemparés. Nous avons connu cela avec le Front National». Président du Modem (centre) de Haute-Savoie et «frontalier», Antoine Vielliard met en cause les partis de l’Entente qui ne se seraient pas assez démarqués des thèmes portés par la droite «dure». «Ils ont eux aussi stigmatisé l’étranger, bouc-émissaire de tous les maux, cela a été une erreur» Une crainte émise par le jeune dirigeant: que le discours du MCG ait un effet miroir de l’autre côté de la frontière. «J’entends chez nous de plus en plus de mots haineux vis-à-vis des Suisses» dit-il.