Parce qu'elles l'ont voulu, ou parce qu'il l'a fallu, elles ont renoncé à choisir entre maternité et vie professionnelle. Depuis ces femmes jonglent pour que quelqu'un soit là à 11 heures, quand les enfants sortent de l'école et de nouveau à 15 h 30, lorsqu'il faut les reprendre. Le schéma n'est ni banal, ni nouveau, mais désormais il préoccupe les politiques et l'économie. Selon Regula Ernst-Schneebli, présidente de la Communauté de travail femmes 2001 (Argef 2001), ce regain d'intérêt est à attribuer aux besoins conjugués d'une courbe démographique déficiente et d'une économie qui n'en finit pas d'aller mieux. Créée en 1999, cette association féminine compte bien profiter de la situation pour faire progresser la collaboration entre cantons, employeurs et pédagogues (lire ci-contre): tirant parti de la session parlementaire, elles expliquaient mercredi dans une classe enfantine de Lugano comment elles comptaient s'y prendre. L'occasion aussi de présenter l'exemple tessinois, leur modèle.

A en croire les Tessinois, la Scuola dell'Infanzia est le fruit d'une longue tradition: en 1844 déjà, Lugano créait une structure dite «d'asile», destinée à occuper les enfants pendant la journée afin qu'ils ne traînent pas dans les rues. Depuis, les besoins de la société ont largement évolué et la conception de la pédagogie aussi. Le modèle actuel d'école enfantine n'est d'ailleurs pas vieux, puisque le Conseil d'Etat tessinois l'a approuvé il y a moins de six mois.

Les 374 classes enfantines du canton accueillent aujourd'hui 8000 enfants, la plupart entre 3 et 5 ans – même si la loi tolère des exceptions pour des enfants de 6 ans révolus. Ils y restent de 9 h 30 à 15 h 30 et ont congé le mercredi après-midi. La pédagogie qui y est développée s'inspire directement de la méthode Maria Montessori. Ainsi, chaque classe – entre 13 et 25 enfants – réunit des petits de tous âges. Y sont enseignées les bases du comportement social, de l'expression ou encore de la perception. A midi, les enfants prennent leur repas sur place, puis les plus jeunes d'entre eux font la sieste.

Une application inégale

Coût de cette structure: 10 000 francs par enfant. Le coût de l'école proprement dite est assumé par la collectivité. Les familles doivent en revanche payer le repas, ce qui représente un budget allant de 50 à 60 francs par mois, selon les estimations de Marie-Louise Delcò, directrice de l'Office de l'éducation préscolaire. A l'entendre, difficile en revanche d'évaluer ce que les communes investissent dans la mise en place et l'exploitation des structures nécessaires à la bonne marche de ce modèle. A cet égard, la responsabilité des communes explique l'une des faiblesses de la Scuola dell'Infanzia: si la méthode fonctionne bien dans les grandes agglomérations, les localités l'appliquent avec une bonne volonté assez inégale d'un bout à l'autre du canton.

Le système n'est évidemment pas dénué de défauts. L'une des accusations que lui portent les Tessinois tient à l'insuffisance de ses moyens: il est actuellement incapable de répondre à la demande concernant les enfants de 3 ans, ceux qui exigent le plus d'attention, et donc d'investissements.

Mais la principale critique est plus fondamentale: elle concerne l'adéquation de l'école avec les contraintes du monde du travail. Concrètement, les parents tessinois demandent que la Scuola dell'Infanzia s'occupe de leurs enfants au-delà de 15 h 30 et durant les vacances scolaires. Sur ce point, ils ont déjà eu partiellement gain de cause. Dans les centres urbains, certaines structures destinées aux enfants entre 0 à 3 ans, ouvertes de 7 heures à 19 heures, prennent le relais et accueillent les enfants plus grands en fin de journée. Et les Scuola dell'Infanzia restent ouvertes durant la plus grande partie des vacances scolaires. Mais dans ce domaine, la volonté des responsables a une limite: «L'objectif est aussi de maintenir un équilibre entre noyau familial et structure scolaire, relève le directeur des écoles de Lugano Sandro Lanzetti. Il est évident que nous devons penser aux situations difficiles, type familles monoparentales. Mais il n'est pas question non plus que les parents délèguent complètement le rôle éducatif à l'école.»