«L’aide sociale ne doit pas devenir une assurance»

Zurich Mère de famille, Linda Camenisch représente l’aile dure du PLR

Ce jeudi, elle brigue la présidence de la Conférence sociale. Et entend influencer l’actuelle révision de la loi cantonale

Assis sur un siège en plastique, un homme âgé visiblement mal en point attend son tour. Nous sommes à l’entrée du bureau de l’aide sociale à Wallisellen, commune périphérique de la métropole zurichoise.

Une fois le guichet de la réception passé, nous retrouvons Linda Camenisch, la responsable politique des affaires sociales, dans son bureau épuré. Cheveux noirs, regard foncé, la femme à la stature fluette dégage une volonté de fer. Ou serait-ce sa réputation qui la précède? Linda Camenisch, 59 ans, est députée PLR au parlement zurichois et représente l’aile dure du parti en matière d’aide sociale. La Suissesse, née aux Etats-Unis, n’a jamais caché ses critiques envers la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), cette association qui recommande notamment le montant de base à verser aux personnes en difficulté.

Ce jeudi, la libérale-radicale pourrait prendre la tête de la Conférence sociale cantonale. Elle est l’une des deux candidates en lice pour diriger la commission qui représente toutes les communes zurichoises. Un rôle clé, dans un canton qui entame cette année une révision complète de la loi sur l’aide sociale.

Les recommandations de la CSIAS sont en sursis. Les autorités zurichoises ont pourtant annoncé lundi que les dépenses, dans ce domaine médiatiquement sensible, étaient restées stables. Linda Camenisch admet d’ailleurs que sa propre commune, de quelque 15 000 âmes, ne connaît pas d’explosion des coûts. Le taux de l’aide sociale demeure à 2,6% dans la localité bourgeoise à 10 minutes du centre-ville.

«Il y a pourtant des failles dans le système.» Son discours est rodé et elle le sert avec conviction, à la veille de l’élection: «Nous avons besoin d’un filet social. Personne n’est à l’abri d’un coup dur. Mais cela doit rester une aide d’appoint, et non pas devenir une assurance sur laquelle les bénéficiaires se reposent toute leur vie. Certaines familles sont à l’aide sociale depuis plusieurs générations! Il faut revoir le système.»

La députée défend une ligne similaire à celle de ses collègues UDC: elle veut abandonner «certaines» recommandations de la CSIAS et réduire les coûts de l’aide sociale. Elle saisit alors une page blanche et nous fait une démonstration chiffrée: «Prenons un père de famille sans formation, avec quatre personnes à charge. L’aide sociale va lui garantir un revenu minimum de 4500 francs. C’est correct. Mais en plus de ce revenu, les soins, les assurances, les franchises lui seront payés! Finalement, c’est comme s’il recevait un salaire de 6000 francs. Jamais, avec ses qualifications, il ne peut espérer avoir un aussi bon revenu. Il n’a donc aucun intérêt à quitter l’aide sociale.»

La politicienne assure ne pas avoir d’objectifs précis. «Je ne fixe pas une réduction de tel ou tel pourcentage, contrairement à l’UDC. Mais nous avons le même but», précise la conseillère municipale.

Mère de trois filles, Linda Camenisch s’est engagée sur le tard en politique, à près de 40 ans. C’est l’organisation des journées d’école qui l’a poussée en 1994 à s’impliquer dans la commission scolaire de Wallisellen, pour le compte du PLR. «Il y avait une place dans ce parti, et mes amis en faisaient partie. Cela a été un hasard. J’aurais pu m’engager dans un autre parti bourgeois.» La politicienne, qui se dit satisfaite de son choix, précise: «L’UDC reprend de toute façon de nombreuses idées défendues à l’origine par le PLR.»

Son avis se rapproche de la ligne blochérienne sur d’autres thèmes, comme l’immigration. Elle attend du Conseil fédéral et du parlement qu’ils appliquent scrupuleusement l’initiative du 9 février. «Il faut contrôler l’immigration et mettre des barrières. Je ne crois pas que cela mette en danger les bilatérales. L’Union européenne a besoin de la Suisse. Elle a tout avantage à accepter de les renégocier.»

Conservatrice, la politicienne aux racines italiennes et tyroliennes ne manque pas de rappeler «son ouverture au monde». Elle a vécu plusieurs années aux Etats-Unis, avant de renoncer à sa nationalité américaine il y a deux ans. Elle maîtrise six langues et apprend l’indonésien et le mandarin pendant son temps libre.

Son profil va-t-il convaincre la majorité des membres de la Conférence sociale ce jeudi? Sa candidature, annoncée sur le tard, a créé des remous au sein du PLR. L’autre candidate, Gabriela Winker, présidente en exercice de la Conférence, est également députée libérale-radicale au parlement cantonal. Elle défend, quant à elle, une ligne modérée, fidèle aux recommandations de la CSIAS.

C’est donc deux visions de l’aide sociale qui sont soumises au vote des communes zurichoises. Linda Camenisch, membre de plusieurs commissions et associations, auteur du papier de position du PLR sur l’aide sociale, a déjà reçu le soutien formel de 40 représentants communaux. «Or, il y a rarement plus de la moitié des 170 communes qui participent à cette assemblée générale», calcule la candidate. L’issue du vote reste encore incertaine, selon la presse zurichoise.

Elle maîtrise six langues et apprend en plus l’indonésien et le mandarin pendant son temps libre