Christian Monteil, le président du Conseil départemental de la Haute-Savoie, était jeudi soir à Perrignier, dans le Chablais, afin de rencontrer les riverains de la future double voie à péage qui d’ici à 2022 reliera Machilly à Thonon-les-Bains. «Nous en sommes encore à la phase de concertation, organisée avec le préfet, qui va s’achever le 18 mars. Huit réunions publiques sont agendées, qui permettent au public de prendre connaissance du projet et de formuler ses questions», explique Christian Monteil.

Ce maillon supplémentaire de 16,5 km constitue une nouvelle étape dans un vaste projet connu sous le nom de désenclavement du Chablais. Cette région a accumulé du retard en termes de mobilité tandis que le trafic saturait avec notamment un nombre croissant de travailleurs frontaliers tentant de rallier chaque matin Annemasse puis Genève (environ 20 000 usagers quotidiens). Dans le Chablais, 79% des déplacements domicile-travail se font en voiture, par la faute, entre autres, d’un réseau ferroviaire archaïque et inadapté aux exigences des pendulaires.

En 2008, le contournement de l’agglomération de Thonon par une rocade a constitué le premier chaînon visant à désenclaver le Haut-Chablais. Une 2×2 voies a ensuite été inaugurée en septembre 2014, reliant Annemasse à Machilly. Il restera à contourner Annemasse depuis le carrefour des Chasseurs jusqu’à l’autoroute A40 (échéance de réalisation pas encore fixée). Plus à l’est, près de Saint-Gingolph, un projet d’itinéraire alternatif visant à éviter le centre de la localité est à l’étude entre le canton du Valais et le département de la Haute-Savoie.

Estimée à 200 millions d’euros, la desserte Machilly-Thonon sera à la charge du futur concessionnaire privé. Dans le cas où les recettes issues du péage seraient insuffisantes pour équilibrer les coûts de construction, une subvention d’équilibre serait prise en charge par le Conseil départemental. Le montant du péage devrait être compris entre 1,60 et 2,40 euros. La vitesse sera limitée à 110 km/h.

Une nouvelle déclaration d’utilité publique (DUP) a été nécessaire car celle de 2006, qui spécifiait un financement public et un tronçon gratuit, était devenue caduque. Futurs riverains, agriculteurs et défenseurs de l’environnement devraient profiter de la nouvelle DUP pour déposer des recours.

En 1997, le projet très avancé d’une grande autoroute dite A400 à travers le Chablais avait été enterré sous la pression des écologistes locaux soutenus par Dominique Voynet, la ministre verte de l’environnement dans le gouvernement socialiste de l’époque. Anticipant les oppositions, le projet présenté par les autorités de l’Etat et du département insiste sur la réduction au maximum des impacts sur le milieu humain et naturel avec des continuités biologiques maintenues, des protections phoniques et de la reconstitution des lisières et du paysage autour de la future liaison.

Par ailleurs, les pro-rail rappellent que le projet de reprise de la continuité ferroviaire entre Evian et la Suisse (ancienne ligne du Tonkin) semble enterré et que le Léman Express n’ira donc pas au-delà de la frontière. «Le département a versé 65 millions pour ce futur RER. En 2017, la compétence en matière ferroviaire sera régionale. C’est Lyon qui jugera s’il faut rouvrir ou non le dossier», précise Christian Monteil.