«J'irai faire ce jour-là une belle balade en montagne, sur l'un de nos beaux alpages.» C'est la réponse qu'a donnée le conseiller d'Etat Wilhelm Schnyder lors d'un débat sur «Rhône FM» au sujet de la «gay pride» prévue le 7 juillet prochain à Sion. Avec Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet, les trois candidats démocrates-chrétiens au Conseil d'Etat ne font pas mystère qu'ils sont contre cette manifestation, considérée comme une mauvaise provocation. Le contraire aurait surpris.

Faire feu de tout bois

C'est un sujet parmi d'autres qui animent depuis une dizaine de jours la campagne pour l'élection au Gouvernement valaisan, campagne dans laquelle les médias valaisans font feu de tout bois et sur tous les sujets. Le Nouvelliste a ainsi envoyé un questionnaire aux candidats pour leur demander entre autres s'ils faisaient «leur prière du soir»! Carnaval n'est pas loin.

Sans grande surprise donc, les trois candidats du PDC défendent une politique très conservatrice. Ils sont contre la dépénalisation de l'avortement, contre la dépénalisation de la consommation de drogue douce, très mitigés face à au droit de votes des étrangers ou à leur naturalisation. Sans doute par crainte d'être débordé sur leur droite, ils défendent des positions qui ressemblent à s'y méprendre à celles l'UDC. Seule exception, Jean-Jacques Rey-Bellet glissera un «oui» du bout des doigts à l'initiative pour l'Europe.

Ce début de campagne montre bien le clivage de la société valaisanne, clivage qui oppose des démocrates-chrétiens plus à droite que jamais et une opposition disparate, radicale (Claude Roch), socialiste (Thomas Burgener) et indépendante (Cilette Cretton et Michel Carron). Si cette opposition compte de nombreux points communs dénonçant la «chape de plomb» conservatrice, elle ne s'en retrouve pas moins divisée.

La candidature de dernière minute de Cilette Cretton, ex-présidente du Parti radical, trouble la stratégie de consensus voulue par les états-majors de parti. D'une part, elle a été parrainée à gauche par certains socialistes. Ce soutien a été ressenti comme une trahison envers le candidat officiel Thomas Burgener. Le président du PS Yves Ecœur ne s'en cache pas: «C'est regrettable, mais certains ont encore le bonnet du «Che» vissé sur la tête…» Et d'ajouter que la candidature de Cilette Cretton menace en réalité le pluralisme du 3-1-1 inauguré en 1997 avec l'arrivée de Peter Bodenmann au Gouvernement.

A droite, chez les radicaux, le président Léonard Bender n'est pas moins polémique: «Cette candidature doit préparer au deuxième tour une candidature féminine des «noirs» du Haut-Valais et finalement causer le retour au 4-1. Cilette Cretton avait d'ailleurs défendu, il y a deux ans, la candidate Viola Amherdt, soit le retour au 4-1. Je suis pour la cause des femmes, mais elle ne doit pas se faire au détriment du pluralisme politique.»

La candidate trouble-fête, elle, défend son engagement sur sa gauche comme sur sa droite: «Les partis politiques ne s'occupent que des rapports de force et de la défense des acquis. Ma candidature vise à proposer un autre choix, elle n'a pas pour objectif d'affaiblir l'opposition au PDC, mais plutôt de la dynamiser.» Quant à une éventuelle alliance avec les «noirs», elle dément: «Ce sont de pures rumeurs, je n'ai pas de contacts officiels avec ce parti, même s'il est vrai que j'y compte des amis et des amies. Mais c'est une aberration de penser que ma candidature viserait à donner un siège supplémentaire au PDC.» En fait, Cilette Cretton a des relations dans tous les partis, et tous les partis s'en inquiètent.

Pour l'instant, toute cette agitation démontre à l'évidence une nervosité certaine dans une campagne que beaucoup voyaient jouée sur du velours. Le seul qui semble absent de ces calculs, c'est l'inamovible représentant du Mouvement des citoyens, Michel Carron. Il affûte ses pointes, s'en prenant tantôt à Wilhelm Schnyder, chef des «bonnets jaunes, pour les jaunes bonnets», tantôt à «Jean-René», auquel il a fait ironiquement remarquer que pour un défenseur de la famille, il était suspect d'escamoter son patronyme sur ses annonces. La campagne valaisanne est bel et bien lancée.