En avril 2010, il figurait parmi les 16 signataires d’une lettre ouverte au Conseil fédéral. Avec notamment le Prix Nobel Richard R. Ernst, Denis Duboule, chercheur à l’Université de Genève et à l’EPFL, réclamait un département ad hoc pour la formation et la recherche. Il précise s’exprimer ici à titre personnel.

Le Temps: Comment jugez-vous cette amorce de nomination?

Denis Duboule: Je suis surpris pour une raison simple. Après la publication de notre lettre, nous avions été reçus par Doris Leuthard [alors chargée de l’Economie]. Elle nous avait dit qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter d’un éventuel transfert de ce domaine à l’Economie, que toutes les garanties seraient données… Il se passe le contraire. A présent, la majorité du Conseil fédéral semblant refuser le choix de M. Boutellier, il faut croire que Mme Leuthard a compris le problème… Une telle nomination est difficile, les milieux économiques ne veulent pas d’un académique, les universitaires se méfient d’un industriel… Mais la proposition de Johann Schneider-Ammann montre son manque de compréhension des préoccupations qui se posent, entre autres, en termes d’éducation et de recherche fondamentale.

– Faudrait-il quelqu’un d’extérieur?

– Ce serait mieux. Puisque nous réclamions un département, il est logique de souhaiter quelqu’un de politique, c’est même nécessaire pour un secrétariat d’Etat si large.

– S’agissant de Roman Boutellier, hormis le conflit d’intérêts, n’est-ce pas en réalité sa provenance, l’EPFZ, qui vous choque?

Pour un chercheur de l’Université de Genève, qu’il vienne de l’EPFZ ou l’EPFL, c’est pareil. Cela peut poser problème aux universités, sauf si la personne a une compréhension des enjeux de ce domaine, qu’elle sache consulter. Mais au-delà de ce type de polémiques, le problème se situe dans le silence des intellectuels. Ce pays a des choix importants à faire sur la relation de la recherche fondamentale à l’industrie, sur l’importance à accorder aux sciences du vivant… Et là, nous sommes dans une grande sécheresse, une pensée placée uniquement sur le mode rationnel, sans débat politique.