Valais

Pour se préparer au pire, le Valais consulte un sulfureux survivaliste

Oskar Freysinger élargit l’inventaire cantonal des risques aux «crises sociétales». Proche de l’extrême-droite, le survivaliste Piero San Giorgio participe au groupe de travail

Pour Oskar Freysinger, «il s’agit de penser l’impensable». Le ministre UDC de la sécurité entend élargir l’inventaire des risques auxquels l’Etat du Valais doit se préparer. Aux dangers naturels, il ajoute les «crises sociétales». Formé au printemps 2016, un groupe de travail rédige des scenarii hypothétiques et propose des mesures. Le sulfureux survivaliste Piero San Giorgio participe à la réflexion. Pour lui, «ce n’est pas de la science-fiction» et «nos exemples ne sont pas farfelus.»

Ce n’est pas de la paranoïa, je suis responsable de la sécurité du canton et j’assume mon rôle

Tout comme les crues et les tremblements de terre, le Département de la formation et de la sécurité anticipera désormais «la pression migratoire» et «les perturbations financières». Oskar Freysinger promet déjà d’étudier de nouvelles menaces supplémentaires. En imaginant des pénuries alimentaires ou énergétiques, le ministre évoque des violences urbaines ou une guerre nucléaire: «Ce n’est pas de la paranoïa, je suis responsable de la sécurité du canton et j’assume mon rôle.»

Membre du groupe de travail, Piero San Giorgio reste convaincu que la planète va vers un effondrement énergétique, politique et économique qui la mènera à un état de guerre généralisée d’ici 2025. Distribué à près de 100 000 exemplaires et traduit dans plusieurs langues, l’écrivain genevois vient de publier Survivre aux événements nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Décrivant des villes «trop fragiles», il assure que «le Valais et ses montagnes, c’est la Suisse survivaliste».

Lire aussi: L’ombre d’un survivaliste plane autour de SGS

Proche de l’extrême-droite

La presse française présente régulièrement Piero San Giorgio comme proche des milieux de l’extrême-droite radicale. Pour organiser des stages de survie, il s’est lié à l’essayiste Alain Soral, condamné plusieurs fois pour incitation à la haine raciale. Lui se décrit comme «indépendant et politiquement incorrect». Il pose souvent avec des armes à feu, parfois pour défendre sa «base autonome durable». Il concède: «Une part non négligeable de mes lecteurs sont issus de l’extrême-droite». Et il corrige: «Ce sont eux qui sont proches de moi.»

Nous refusons l’angélisme et nous partageons un certain réalisme face aux dangers

En avril dernier, Piero San Giorgio avait été invité par le mouvement nationaliste Résistance helvétique pour donner une conférence à Sion. Conseiller en communication d’Oskar Freysinger, Slobodan Despot avait assuré la promotion de l’événement. En 2014, le ministre et le survivaliste avaient tourné une vidéo ensemble, intitulée Réflexion sur une crise à venir. Pour le conseiller d’Etat, «ses bonnes ventes témoignent de sa maîtrise du sujet». Il insiste: «Nous refusons l’angélisme et nous partageons un certain réalisme face aux dangers.»

Avec la collaboration de Piero San Giorgio, le Département de la formation et de la sécurité entend proposer au gouvernement valaisan un large inventaire des crises atypiques pour le début 2018. En analysant les «nouveaux risques sociétaux», Oskar Freysinger espère «lancer l’idée par le bas», et montrer l’exemple à la Suisse: «Nous voulons inciter les autres cantons et la Confédération à ne pas rester prostrés dans une position de bisounours, mais à préparer le pire.»

Publicité