«Ce serait une erreur de courir après l’UDC sur l’asile»

Questions à

Président du Parti démocrate-chrétien genevois, Sébastien Desfayes estime que son parti ne doit pas chercher à surenchérir sur la thématique de l’asile avec l’UDC. Selon lui, courir après le parti de Christoph Blocher est le «meilleur moyen» de ne pas imposer ses propres thèmes de campagne à l’aube des élections fédérales. L’existence d’un groupe de travail interne au PDC a été révélée par la presse dominicale. Il a eu pour mission d’élaborer une batterie de mesures, notamment en matière d’accueil des migrants.

Le Temps: Pourquoi estimez-vous qu’il est erroné de faire de l’asile une thématique de campagne?

Sébastien Desfayes: Parce que courir après une UDC monomaniaque qui veut nous faire croire que l’asile est la seule préoccupation des Suisses est le meilleur moyen de ne jamais parler de nos propres thèmes. Suivre l’UDC, c’est risquer d’occulter d’autres sujets, aussi préoccupants que ne l’est le sort des requérants d’asile.

– Le PDC doit donc en parler…

– Evidemment. Il serait indécent de laisser des migrants se faire instrumentaliser par l’UDC. Tout autant que ce serait faire fausse route d’adopter la posture du parti socialiste qui consiste à ne rien voir et dire qu’il n’y a pas de problème.

– De quels problèmes parlez-vous?

– Longueur du processus d’asile, conditions d’hébergement offertes aux requérants, le système n’est pas parfait. Je partage la même position que Christophe Darbellay [président du parti national]: les procédures d’asile doivent être accélérées, la dignité assurée et les abuseurs renvoyés.

– Encore faut-il pouvoir le faire…

– Il existe une majorité au parlement pour atteindre ces buts. Et cette majorité se passe très bien de la constante surenchère de l’UDC et de ses propositions simplistes dans ce domaine.

– En 2013, selon Eurostat, la Suisse a accordé plus de permis de séjour que l’Autriche, la Norvège, ou encore l’Espagne. Est-elle trop attractive?

– La Suisse n’a pas à rougir de sa politique d’asile. Je crois que nous devons trouver une réponse globale à un problème global.

– C’est-à-dire, revoir le modèle de «répartition» de l’accueil des migrants?

– Je penche vers une solution où chaque pays européen accueillerait un quota de requérants au prorata de sa population. On pourrait imaginer des facteurs pondérants, comme le PIB.

– Revenons à «vos thèmes», ceux que vous souhaitez mettre en avant, comme la défense de l’emploi ou l’augmentation du pouvoir d’achat des familles. Comment comptez-vous les imposer?

– Je crois que, peu à peu, les Suisses prennent conscience qu’un taux de chômage à 3,5% n’est de loin pas un acquis et que leurs places de travail sont menacées. D’ailleurs, nous ressentons les premiers effets négatifs conjugués du 9 février et du franc fort. Je peux comprendre que l’UDC n’empoigne pas ce sujet, étant elle-même responsable de la situation et de nos relations avec l’Union européenne. Ce n’est pas notre cas.

– A Genève, la libre circulation semble rimer plus souvent avec chômage qu’avec prospérité, non?

– Je demeure persuadé, au contraire, que c’est bel et bien la libre circulation qui maintient nos emplois dans le canton. A Genève, le sort de près de 30 000 emplois est directement lié à celui des entreprises multinationales. Et ce, sans tenir compte de la main-d’œuvre locale qui bénéficie de cette présence. Il serait dangereux de ne pas nous préoccuper de ces emplois.

– De là à ce que l’électeur appenzellois se sente concerné par vos thèmes…

– Il aurait tort de ne pas comprendre que son destin est intimement lié à celui des cantons contributeurs. Préserver des emplois dans notre canton, c’est aussi préserver sa qualité de vie dans le sien. Quant à défendre les bilatérales, c’est aussi permettre à nos entreprises de continuer d’exporter.