interview

Sébastien Fanti: «J’ai déjà ma boîte à outils anti-loi sur le renseignement»

Le préposé valaisan à la protection des données était opposé à la nouvelle loi sur le renseignement. L’avocat va dès à présent crypter ses données

Le Temps: Comment expliquez-vous le soutien très large à la loi sur le renseignement?

Sébastien Fanti: D’abord, la crainte des gens a été exacerbée par les attentats terroristes. Cette loi n’aurait jamais passé avant les attentats en France. Or, vous avez déjà vu un terroriste commettre un attentat en Suisse? De toute façon, les terroristes utiliseront désormais un système de cryptage. Il ne faut pas rêver, ils vont s’adapter.

Ensuite, tous les partis ont plébiscité cette loi. Ils se disaient «si un attentat survient et qu’on n’a pas soutenu cette loi, on est foutu». Ceux qui étaient contre n’ont pas fait campagne. J’étais le seul préposé à la protection des données à faire campagne pour le non.

Les politiciens sont des analphabètes numériques. Il y a un désintérêt pour ces sujets. Ils ne sont pas très sexy et ne changent pas le quotidien des gens. Il y a peu, des hackers ont volé des données au parlement allemand et personne n’en a parlé. Les médias sont aussi responsables.

– Quels autres problèmes cette loi va-t-elle poser?

– Cette surveillance va coûter beaucoup plus cher que prévu. J’ai eu accès à un document confidentiel à ce sujet.

En outre, beaucoup de gens ne feront plus confiance à la Suisse. Je pense que des sociétés de sécurité vont partir. L’idée de faire de la Suisse un coffre-fort numérique, c’est terminé.

Et comme davantage de gens vont crypter leurs données, cela va compliquer le travail de la police cantonale.

– Qu’allez-vous faire maintenant?

– Il faudra examiner les détails de l’ordonnance d’application. Je conseille à chacun de s’adresser au SRC pour demander s’il est fiché. Ça coûte 5 francs et je vais distribuer une lettre type dans ce but. Ensuite, dans cinq ans, lors du bilan, il faudra refaire une telle demande et vous pourrez comparer le résultat.

Les avocats, les journalistes, les médecins ou les banquiers doivent se préoccuper d’une éventuelle intrusion dans leur ordinateur. Personnellement, je vais investir dans des mesures techniques. Je vais aussi publier un article dans le Revue de l’Avocat pour former les avocats à se prémunir contre le SRC. Ce n’est pas très cher de crypter ses données. Pour 1000 francs, vous avez déjà du matériel de très bonne qualité. Je m’attendais à ce résultat, je m’y suis préparé. Demain matin, je serai prêt.

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