L'affiche a le mérite de la clarté. Placardée un peu partout dans la capitale vaudoise, elle invite au «second round» entre Christoph Blocher et «Lozane» - orthographe propre au mouvement «Lozane bouge» au début des années 80. «Viens débattre à grands coups de bates (sic), le match retour dans ta gueule, chri chri», proclame l'annonce en noir et blanc avec une reproduction d'un combat de boxe. Ce percutant message provoque au passage l'ire de l'UDC et la mise sur pied d'un dispositif de sécurité renforcé pour la venue de l'ex-conseiller fédéral à un simple meeting de section de son parti.

Il faut dire que la dernière apparition à Lausanne de Christoph Blocher, alors encore conseiller fédéral, n'était pas passée inaperçue. En septembre dernier, il était le traditionnel membre du gouvernement à visiter le Comptoir suisse, et sa présence, à l'approche des élections fédérales, avait mis le feu aux poudres dans les rues entre une poignée de manifestants de gauche et la police. Lacrymogènes, balles en caoutchouc et mobilier urbain détruit ou endommagé ont constitué le menu d'une soirée mouvementée.

Le tout sur fond de polémique entre la municipalité de Lausanne et l'UDC, le municipal de police Marc Vuilleumier - inatteignable hier car en vacances - ayant publiquement demandé au tribun zurichois de ne pas venir, tandis que les trois élus socialistes renonçaient aux discours officiels.

«Plus jamais ça»

Les dégâts provoqués par les manifestants ont également eu des répercussions politiques. Brandissant la une d'un quotidien qui titrait sur les émeutes, la toute nouvelle conseillère radicale d'Etat Jacqueline de Quattro avait dit qu'elle ne voulait «plus jamais voir ça». L'extrême jeunesse d'une partie des manifestants avait également frappé l'opinion publique tout comme la magistrate qui annonçait dans la foulée l'organisation d'états généraux sur la violence -qui se sont tenus au début du mois de mars dernier. Hier, la ministre de la Sécurité et de l'environnement faisait simplement déclarer par sa déléguée à la communication qu'elle ne souhaitait pas s'exprimer avant la venue de Christoph Blocher et la tenue de la manifestation.

Dispositif de sécurité

De son côté, le porte-parole de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel, confirme qu'un dispositif de sécurité «adapté aux risques» est mis en place, conjointement avec la police municipale, comme ce fut le cas lors des manifestations au Palais de Beaulieu. D'ordinaire, un ex-conseiller fédéral en déplacement a droit à une petite escorte de sécurité. Du côté de l'UDC, on ne cache pas son agacement. «Où va-t-on avec la démocratie si on ne peut plus dialoguer avec un ex-conseiller fédéral», s'insurge le secrétaire général du parti, Claude-Alain Voiblet. Programmée depuis plusieurs mois, la venue de Christoph Blocher est l'occasion pour les membres du parti de dialoguer avec celui qui fut éjecté du Conseil fédéral le 12 décembre dernier.

L'UDC a le vent en poupe à Lausanne

Ironie de l'histoire, la polémique qui a précédé la visite de septembre avait permis à l'UDC de publier un tous-ménages promettant une entrée au Comptoir à tous les nouveaux membres du parti. Résultat - avec en sus l'effet induit par le 12 décembre - la section du district de Lausanne est celle qui a le plus progressé en Suisse, dixit Claude-Alain Voiblet, passant de 220 à plus de 600 membres.