énergie

La seconde tranche d’aide aux grands barrages prend l’eau

Le fort soutien qui s’était exprimé en commission pour une deuxième tranche d’aide s’étiole

Est-il juste de donner un second coup de pouce aux propriétaires de barrages une semaine après l’acceptation de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050), qui leur apportera une aide annuelle de 120 millions dès 2018 et cela pendant cinq ans? C’est la question à laquelle doit répondre le Conseil national ce mardi.

Sa commission préparatoire est convaincue qu’il faut faire ce geste supplémentaire: en avril, elle avait décidé par 17 voix contre 5 et une abstention que l’électricité produite par les barrages devait être fournie exclusivement aux ménages et aux PME, qui sont des consommateurs captifs car ils n’ont pas la possibilité d’acheter leur courant sur le marché ouvert. Ce courant serait plus cher mais devrait être vendu à des «tarifs équitables», a souhaité préciser la commission. Mais le vent a tourné depuis avril. Il paraît désormais vraisemblable que le Conseil national ne suive pas sa commission et décide de lui renvoyer ce projet, comme le demande Christian Wasserfallen (PLR/BE) dans un amendement.

Lignes enterrées ou aériennes

Une explication s’impose. Ce soutien supplémentaire a été glissé dans un projet de loi qui parle d’autre chose, en l’occurrence de la rénovation et de l’extension du réseau de transport de l’électricité. «Je ne comprends pas ce que cette proposition en faveur de l’énergie hydraulique fait là», s’est étonnée lundi, dans le cadre du débat général, la présidente de la Confédération, Doris Leuthard. Au départ, ce projet de loi ne parlait que de la modernisation et de l’adaptation du réseau de transport à la production décentralisée d’électricité.

Comparé par Doris Leuthard à la rénovation des réseaux ferroviaires et routiers, ce vaste chantier coûtera 18 milliards de francs net d’ici à 2050. Deux tiers des lignes à haute tension ont plus de 40 ans et doivent être modernisées. Le projet de loi parle des procédures, des autorisations pour les nouveaux projets et de la question de l’enterrement des lignes, un scénario qui peut coûter à lui seul 7,5 milliards. Sur ce point, le National a décidé de laisser le choix pour les lignes de plus de 220 000 volts: elles pourront être enfouies ou aériennes mais le surcoût de l'enfouissement doit être pris en compte. Cette question a valu à Bastien Girod (Verts/ZH) cette audacieuse comparaison: «On a beaucoup dit que les éoliennes portaient atteinte au paysage. Mais les pylônes électriques sont et seront toujours plus nombreux. Alors, enterrons le plus possible les lignes, parce que c’est plus difficile avec les éoliennes.» Evidemment.

25 francs de plus par an?

Mais l’hydraulique s’est invitée dans le débat. Dans un premier temps, une décision du Tribunal fédéral a convaincu le Conseil des Etats, qui a déjà traité le sujet, d’accrocher à la loi sur le réseau une disposition permettant aux entreprises électriques de répercuter la totalité de leurs coûts de production sur les clients finaux. Dans un second temps, les grands producteurs d’électricité ont exposé leurs difficultés à la commission préparatoire du National et lui ont présenté de nouveaux scénarios d’aide financière. Finalement, la commission a retenu une variante qui dit que les clients captifs doivent obligatoirement recevoir de l’énergie renouvelable indigène, en l’occurrence hydraulique.

Lire aussi: Tractations autour de l’aide aux barrages

Largement soutenue en commission, cette solution vacille cependant. Doris Leuthard la juge précipitée. «On a déjà prévu une aide de 120 millions par an, il est prématuré d’ouvrir une deuxième fois la boîte de subventions. Ce n’est pas du travail sérieux», assène-t-elle. «Un projet de loi technique est pris en otage par un subventionnement mal réfléchi du renouvelable», s’étrangle Benoît Genecand (PLR/GE), dont le parti se détourne résolument de cette aide supplémentaire, tout comme l’UDC. Le doute a aussi gagné les camps démocrate-chrétien et socialiste.

Les Verts et les Vert’libéraux veulent encore croire à cette promotion forcée de la houille blanche helvétique: citant une étude de la Fondation suisse de l’énergie, Adèle Thorens affirme que cette mesure ne coûterait que 0,5 à 1 ct/kWh de plus aux ménages, soit environ 25 francs par an. Le Conseil national préférera sans doute approfondir cette question et l’extraire du projet de loi sur le réseau électrique.

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