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Jean-Michel Cina: «J’ai accepté ce mandat à la SSR parce qu’il me permettait de continuer à m’engager pour une cause publique à l’échelon national. C’est dans mon ADN.»
© Béatrice Devènes

redevance

Au secours de la SSR, la campagne agitée de Jean-Michel Cina

Le président de la SSR sillonne la Suisse pour combattre l’initiative «No Billag». Bien qu’il ne soit pas un spécialiste des médias, il rassure

L’été dernier, c’était plutôt mal parti. Lorsque Jean-Michel Cina a été intronisé président de la SSR, les critiques des journaux ne l’ont pas épargné. Les uns ont ironisé sur le «réseau PDC» auquel il était lié, les autres ont déploré l’avènement d’une personnalité totalement étrangère au monde des médias. «L’homme aux mauvaises compétences», a même titré la Schweiz am Sonntag. Dix mois plus tard, Jean-Michel Cina n’a peut-être pas fait taire toutes les critiques. Mais à deux semaines de la votation cruciale sur l’initiative «No Billag», il a contribué à ramener un brin de sérénité au sein de la maison SSR.

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Le Haut-Valaisan sera-t-il le sauveur ou le liquidateur de la SSR? Sa mission n’est pas dénuée de risques, mais passionnante. «J’ai accepté ce mandat parce qu’il me permettait de continuer à m’engager pour une cause publique à l’échelon national. C’est dans mon ADN», souligne-t-il.

Cina, ou la Suisse incarnée

Lausanne, Zurich, Bâle, Köniz et l’on en passe. Même après avoir quitté le Conseil d’Etat valaisan, Jean-Michel Cina reste un homme pressé qui sillonne la Suisse pour cette campagne. Il reçoit parfois ses interlocuteurs dans un «business lounge» de la gare de Berne. De temps à autre, il jette discrètement un œil sur sa montre connectée TAG Heuer, qui l’informe des derniers événements et de l’agenda qu’il a à tenir.

Alors qu’avant la parution des premiers sondages sérieux la SSR semble vaciller sur ses bases, Jean-Michel Cina assure et rassure. Il est un politicien chevronné, actif et influent d’abord comme président de commune à Salquenen, puis conseiller national et chef du groupe PDC dont il est pourtant le benjamin, et enfin conseiller d’Etat valaisan. A lui seul, il incarne cette Suisse plurilingue et solidaire toujours soucieuse de préserver les intérêts de ses minorités.

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Dans son agenda, ses apparitions publiques se succèdent à un rythme effréné. Le 29 janvier, il fait face à Roger Schawinski, qui a réintégré le service public après l’avoir longuement critiqué. L’ex- «radio pirate» a beau avoir écrit un livre pour contrer l’initiative «No Billag», il ne ménage pas «son» président, qu’il soumet à un feu roulant de questions aussi pertinentes qu’impertinentes. Il n’hésite pas à attaquer son interlocuteur sur sa personne. Il laisse entendre qu’il n’est qu’un «politicien qui a échoué à accéder au Conseil fédéral», lui reproche ensuite de n’avoir aucune connaissance du monde médiatique avant de déplorer enfin qu’il promette une réforme sans pouvoir en esquisser les grandes lignes!

Match de boxe chez Schawinski

Un vrai match de boxe qui force le Haut-Valaisan à jouer l’esquive: «La SSR est beaucoup plus importante que ma personne», précise-t-il d’emblée. Il admet qu’il n’est pas un spécialiste des médias, mais qu’il a à cœur de s’engager pour une SSR conservant des contenus de qualité tout en devenant plus efficace. «J’aurais souhaité moins de questions personnelles, malgré tout je me suis senti à l’aise dans cette émission», affirme Jean-Michel Cina. Il est vrai qu’il est un sportif né. Durant sa période universitaire, il fait brièvement partie du contingent de la première équipe de football des Young Boys de Berne, où il touche 400 francs par mois. Il y évolue comme libero, un poste prédestiné pour défendre aujourd’hui le service public face aux assauts des initiants de «No Billag».

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Le mouvement citoyen Opération Libero, allié providentiel

Le lendemain à Bâle, dans un café culturel branché, le président de la SSR peut compter sur un allié non seulement imprévu en début de campagne, mais aussi providentiel: celui d’Opération Libero. C’est lui qui organise ce débat contradictoire qui révèle le punch de sa très jeune coprésidente Laura Zimmermann (23 ans), moins connue que Flavia Kleiner. Ce mouvement citoyen, né au lendemain de la votation du 9 février 2014 sur l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», est en passe de devenir un acteur politique capable de faire basculer une votation. Ses leaders sont tous issus de cette génération Erasmus ouverte au monde qui refuse de voir la Suisse transformée «en un musée en plein air». Jugeant l’initiative «No Billag» dangereuse pour la Suisse, ce mouvement a remobilisé ses troupes lors d’une opération de crowdfunding couronnée de succès. «Nous avons déjà récolté 560 000 francs», se réjouit Laura Zimmermann.

Ce soir-là, le débat ne révèle pas de fossé de génération. Il se cristallise plutôt sur l’importance du service public. Les deux partisans de «No Billag», le député PLR Luca Urgese et le directeur de l’USAM locale Gabriel Barell sont de fidèles abonnés de la presse bâloise, mais ils en appellent à la liberté individuelle pour mieux combattre cet «impôt médiatique» qu’est la redevance. «Il faut faire confiance au marché», insiste Gabriel Barrell. Quant à lui, Luca Urgese ne souhaite pas la mort de la SSR. «Il y a un besoin de bonne information. La preuve, c’est la création du média en ligne Republik, qui a levé plusieurs millions de fonds», argumente-t-il.

La SSR appartient au peuple. C’est cette structure qui assure notre indépendance par rapport au politique

Jean-Michel Cina

Paradoxalement, c’est Jean-Michel Cina qui semble aujourd’hui avoir été le plus proche du comportement de la génération Netflix, celle qui ne veut plus payer que pour des contenus qu’elle consomme. Il n’a pas eu le temps de lire un journal, s’informant grâce à son iPhone et par le réseau social Twitter, sur lequel il a 3000 abonnés. Il axe son discours sur sa vision de la Suisse: un pays fier de sa solidarité entre les régions linguistiques, imprégné d’un sens marqué pour la communauté, dont la SSR est un exemple. Il rappelle sa structure, unique en Europe. «La SSR appartient au peuple. Elle est une association de droit public de 24 000 membres qui font partie d’associations régionales. C’est cette structure qui assure notre indépendance par rapport au politique», s’exclame-t-il.

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Dans le café bâlois, la confrontation tourne à l’avantage des partisans du service public. Les initiants ne sont convaincants que lorsqu’ils décrivent une SSR qui a grandi démesurément dans les années 1980 et 1990, hantée par la crainte de céder le moindre pouce de terrain au secteur privé lors de la libéralisation du marché de l’audiovisuel. Mais ils sont ensuite incapables de développer le moindre plan B pour la SSR. Et une grande partie du public finit par s’énerver, à l’image de l’humoriste Emil, qui est venu assister au débat, mais sans prendre la parole. «On devient malade en écoutant les arguments des initiants, qui sont nuls», lâche-t-il avant de s’éclipser. Le membre du comité «No Billag» Luca Urgese est tout aussi frustré, mais pour une autre raison. «C’est la SSR qui bloque toute discussion en refusant de se redimensionner. Jean-Michel Cina est certes un homme engagé dont on a senti la passion pour le service public. Mais lorsqu’il promet une réforme, je ne le crois pas une seconde», regrette-t-il.

Réforme: le nouveau tandem à la tête de la direction générale, soit Gilles Marchand et Ladina Heimgartner, n’a plus que ce mot à la bouche ces dernières semaines. Jean-Michel Cina en parle aussi, mais lui qui n’est pas dans l’opérationnel n’est pas le mieux placé pour le faire. Une chose est sûre: la SSR est condamnée à réussir sa mue à l’heure de la révolution numérique. A cet égard, le premier sondage de l’institut gfs.bern est à la fois rassurant et inquiétant. Si le non à l’initiative compte une quinzaine de points d’avance, la catégorie des plus jeunes approuve «No Billag».

«David contre Goliath»

Désormais, les opinions sont faites. Lorsque le 7 février, Jean-Michel Cina affronte Markus Horst (UDC/BE) devant un public de seniors à Köniz dans la banlieue de Berne, il n’a plus trop de soucis à se faire. Le débat s’annonce tranquille et menace de sombrer dans l’ennui. Pourtant, ce n’est pas le cas. Interrogé sur les erreurs qu’auraient commises les initiants pour accuser un tel retard dans les sondages, Markus Horst relève simplement que cette campagne, «c’est David contre Goliath». Il n’en faut pas plus pour que les esprits s’échauffent: «Vous êtes soutenu par Christoph Blocher, qui investit massivement dans la presse et qui est milliardaire. On ne peut pas le comparer à David», s’étonne un auditeur. Markus Horst dément: «Christoph Blocher n’a pas mis un sou dans cette campagne. Il ne faut pas tomber dans la paranoïa», prétend-il. Une affirmation qui rend fou furieux un autre senior qui quitte sa chaise, va se placer en face de lui pour lui lancer: «Ce que vous dites est injurieux. Retirez tout de suite ces paroles et excusez-vous!»

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Le modérateur parvient tant bien que mal à calmer la situation, mais l’incident est révélateur du climat de passion qui entoure ce débat dans les deux camps: «J’ai sous-estimé la charge émotionnelle de ce débat, qui confine parfois à la haine sur les réseaux sociaux», constate Jean-Michel Cina, qui y voit un double phénomène: «Ceux qui se sentent un peu propriétaires de la SSR ont peur de s’en voir dépossédés. Quant aux autres, ils expriment une colère envers une institution qui incarne un pouvoir qu’ils estiment illégitime.»

Dossier
La controverse «No Billag»

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