A la suite de la double arrestation d'un fonctionnaire et d'un avocat jeudi dernier, le procureur général du Tessin, Luca Marcellini, a apporté deux confirmations: les interpellations sont liées à l'affaire Cuomo. De plus, les deux lettres anonymes envoyées en juillet notamment au député Stefano Malpangotti ainsi qu'au conseiller d'Etat Luigi Pedrazzini ont bien été envoyées par A. Z., juriste au Département de l'instruction publique. Pour l'heure, l'auteur des autres missives anonymes circulant depuis 1995 n'a pas été identifié. Du coup, le «Ticinogate» ne concerne plus seulement la justice, mais aussi le fonctionnement de l'Etat.

Les deux lettres anonymes de A. Z., surnommé «le corbeau», auraient eu pour but de faire pression sur l'avocat F. M., incarcéré jeudi aussi. L'hebdomadaire Il Caffè se fait l'écho de révélations de A. Z. figurant dans ses deux missives. Selon ce dernier, l'avocat en question se vante d'être ami avec un haut fonctionnaire de la police cantonale, mais aussi avec deux importants fonctionnaires de l'Etat impliqués dans les procédures d'octroi de permis de séjour ainsi qu'un magistrat actuellement en fonction. Selon le Ministère public, toutefois, les lettres en question contiennent de fausses informations.

Ceci étant, A. Z. a admis, selon le Corriere del Ticino, «avoir reçu de l'avocat F. M. plusieurs milliers de francs pour des activités de conseil; mais, ensuite, leurs relations se sont détériorées». Pour sa part, Luca Marcellini a affirmé que le juriste a «agi pour le compte de l'avocat F. M. de manière répétée et durant une longue période, en particulier dans divers domaines d'activité de l'administration cantonale». Ces jours-ci, il est aussi en train d'interroger plusieurs fonctionnaires de l'Etat.

Au sujet de Gerardo Cuomo, on sait qu'un permis B lui avait été octroyé avant même que la police cantonale ait pu informer les autorités des condamnations antérieures du contrebandier. L'avocat F. M., qui avait été suspendu du barreau tessinois pour deux ans en 1983, avait réussi à obtenir un effet suspensif pour plusieurs recours contre le renvoi du contrebandier. Selon le quotidien La Regione, «le fait que le contrebandier italien ait pu séjourner au Tessin au-delà du 30 septembre 1997 revient peut-être justement à A. Z., qui aurait préparé la décision du président du gouvernement de l'époque, Giuseppe Buffi, d'accorder l'effet suspensif à l'ordre donné à Gerardo Cuomo de quitter la Suisse». A. Z., dont le salaire a été réduit de moitié, pourrait bien être licencié aujourd'hui même.