Elle n'en revient toujours pas d'être là, à Fribourg, dans la salle de réunion de l'Hôtel de Ville. Quelques heures après son élection, Monica Engheben, 30 ans, première secrétaire générale du Grand Conseil, avoue être sur un nuage. «Mais il va falloir redescendre très vite», avertit la jeune femme. Qui sait être attendue au tournant. Elue hier matin par les députés fribourgeois, cette Neuchâteloise a, à la surprise générale, damé le pion à l'actuel vice-chancelier Gérard Vaucher, 60 ans, que les observateurs voyaient déjà endosser la fonction.

Instauré par la nouvelle Constitution cantonale entrée en vigueur cette année, ce poste est une nouveauté. En effet, jusqu'à présent, le secrétariat du Grand Conseil était assuré par le chancelier d'Etat. «Mon job consistera à offrir un soutien logistique au travail des députés, indépendamment de toutes idées politiques, afin de garantir un fonctionnement optimal du parlement», explique Monica Engheben. Qui entrera en fonctions le 1er juin – soit le même jour que la nouvelle chancelière, Danielle Gagnaux.

Impeccable dans son tailleur noir, souriante, fixant son interlocuteur droit dans les yeux, un brin charmeuse, Monica Engheben est née au Locle. Après des études d'économie politique à l'Université de Neuchâtel et un post-grade (Desmpa) à Genève, elle a travaillé durant quatre ans à l'Office fédéral de l'énergie, à Berne. Avant de prendre une année sabbatique, notamment pour effectuer un stage linguistique en Espagne – la Neuchâteloise maîtrise cinq idiomes (français, italien, allemand, anglais et espagnol).

Férue de cinéma (Clint Eastwood, les westerns spaghetti de Sergio Leone), passionnée de nature, elle pratique ski et VTT, mais aime plus que tout se promener avec son husky. Un chien dont elle tait le nom, car «c'est du ressort de ma vie privée». Célibataire, la nouvelle secrétaire générale compte déménager à Fribourg, «un endroit qui me paraît agréable, et qui possède une excellente tradition culinaire».

Jeune femme dynamique, doit-elle son succès à un «effet Ruth Metzler»? «Sincèrement, je ne pense pas. Du reste, à part les radicaux et l'UDC (ndlr: 42 parlementaires sur les 130 que compte le Grand Conseil), personne ne m'a vue avant l'élection.» Et Monica Engheben – dont le poste sera soumis à réélection tous les cinq ans – de souhaiter, avec humour, ne pas connaître le même sort que l'ex-conseillère fédérale.

Son élection, justement, a été un sacré suspense. Il a fallu quatre tours de scrutin pour départager les trois candidats retenus par le Bureau du Grand Conseil. Au final, toutefois, quand elle s'est retrouvée seule face à Gérard Vaucher, Monica Engheben a facilement passé l'épaule, décrochant la majorité absolue (64 voix) du premier coup. «J'ai suivi le vote en direct depuis chez moi via Internet. Quelle émotion», s'écrie-t-elle.

Comment la Neuchâteloise – inconnue de la majorité des députés – a-t-elle pu séduire à ce point ces derniers? Visiblement, le Grand Conseil fribourgeois a parié sur le renouveau. «Cette élection constitue, il est vrai, une surprise, mais démontre surtout une volonté de changement. Il fallait quelqu'un d'indépendant vis-à-vis des partis», commente Solange Berset, présidente des socialistes. Pour sa part, Denis Boivin (PRD) se montre ravi du résultat du vote: «La candidate a fait une excellente impression auprès du groupe radical, qui l'a auditionnée le jour précédant le scrutin. Lors des travaux de la Constituante, il avait été mentionné que le secrétaire général devait être politiquement neutre. Ce vœu est ainsi respecté.»

Bouffée d'air frais dans l'Hôtel de Ville, le triomphe de Monica Engheben n'en constitue pas moins une baffe pour les démocrates-chrétiens. «Le PDC croyait encore que tout lui était acquis. En ne menant pas campagne pour son candidat, il a péché par négligence», souligne Michel Losey (UDC). Et Solange Berset d'ajouter: «On se rend compte aujourd'hui qu'il ne suffit plus à une formation politique d'être considérée comme puissante pour imposer un nom.» Chef du groupe PDC, Jean-Louis Romanens refuse cependant de parler de défaite. «Je suis déçu pour Gérard Vaucher, mais pas pour le PDC, qui n'a jamais eu la prétention de vouloir accaparer le poste.» Il est vrai qu'en la personne de la chancelière Danielle Gagnaux, les démocrates-chrétiens disposent toujours d'un sacré pion dans l'appareil étatique.