Toujours plus jeunes et toujours plus vite jetés. Les secrétaires généraux des partis gouvernementaux s'usent de plus en plus rapidement à la tâche. En l'espace de quelques mois, les appareils socialiste, radical et démocrate du centre ont dû chercher, et ont trouvé, un nouveau secrétaire général. Au Parti radical, Johannes Matyassy s'en est allé au bout de trois ans et demi pour prendre la tête de Présence suisse, le nouvel organisme chargé de défendre l'image de la Suisse à l'étranger. Chez les socialistes, Jean-François Steiert aura duré moins longtemps encore, deux ans et demi, mais néanmoins plus de temps que Barbara Haering Binder, qui le précéda brièvement à ce poste. A l'UDC, Jean-Blaise Defago a souvent affiché son malaise face à la ligne du parti qu'il est censé défendre, et s'en va à son tour guère plus d'un an après sa prise de fonctions.

Leurs prédécesseurs plus lointains avaient pour leur part occupé les mêmes postes durant un ou plusieurs lustres. Et souvent, cette activité leur a ouvert par la suite de belles carrières. Max Friedli, ancien secrétaire général de l'UDC, est aujourd'hui chef de l'Office fédéral des transports. Christian Kauter a abandonné l'appareil radical pour prendre la direction de la Société générale d'affichage. Raymond Loretan est aujourd'hui ambassadeur à Singapour. Chez les socialistes, André Daguet est devenu secrétaire général de la FTMH et possède une sérieuse option sur la présidence. Peu d'entre eux, comme l'ancienne secrétaire générale de l'UDC, Myrta Welti, ont disparu de la scène.

Poids certain

Sans remonter jusqu'au célèbre Rosenberg, qui fut dans les années cinquante le père de la formule magique, les secrétaires généraux ont pu peser d'un poids certain et dans la politique fédérale et dans celle de leur parti. «Nous étions, se souviennent en termes presque semblables deux ex-secrétaires généraux, les alter ego des présidents. Nous étions des animateurs, on nous confiait la tâche de sonder, de tester des solutions politiques, de lancer des idées et des ballons d'essai.» Le travail se déroulait autant, si ce n'est plus, à l'interne qu'à l'externe. Il s'agissait d'abord de mettre les gens d'accord au sein même du parti. Cette manière de fonctionner mettait aussi dans une certaine mesure le président du parti à l'abri, dès lors que le secrétaire général pouvait prendre tactiquement et ses distances et des risques. Mais encore fallait-il que le secrétaire général soit totalement indépendant, dévoué au parti dans son ensemble, sans se mettre au service exclusif d'une faction ou du président. Une telle dérive conduit à un dysfonctionnement, comme on l'a vu avec l'histoire récente du Parti démocrate-chrétien, où le secrétaire général Hilmar Gernet est dévoué corps et âme au président Adalbert Durrer.

Evidemment, les quadragénaires d'autrefois avaient plus de poids que les jeunes gens d'aujourd'hui. Aucun parti ne laisserait maintenant un secrétaire général jouer un tel rôle, relève un ancien. L'évolution semble bien aujourd'hui conduire à un affadissement de la fonction. L'offre d'emploi du Parti radical parue dans la presse au moment du départ de Johannes Matyassy donne encore le beau rôle aux secrétaires généraux: «Vous pouvez de votre propre initiative, en collaboration avec votre équipe et dans le cadre des visions et stratégies du parti, contribuer à déterminer de manière décisive l'avenir du parti.» Mais la façon dont Ueli Maurer s'exprimait récemment dans la presse paraît plus conforme au rôle qu'ils sont appelés à jouer à l'avenir. «S'ils définissaient autrefois la politique de leur parti, ils ne sont plus aujourd'hui que des gestionnaires», affirme le président de l'UDC. S'ils ne se vérifient pas absolument dans tous les cas, ces propos pourraient bien être prophétiques.

Jean-François Steiert, qui jouait encore il y a peu, à l'ancienne pratiquement, le rôle d'agitateur d'idées au sein du Parti socialiste, attribue ce déclin au renforcement du rôle du parlement et à l'évolution du paysage médiatique. Les parlementaires et les présidents de parti ont aujourd'hui beaucoup plus de moyens qu'autrefois et le rapport de forces entre le groupe parlementaire et le parti a été considérablement rééquilibré au profit du premier. Beaucoup plus présents sur la scène politique et dans les médias, les parlementaires occupent aujourd'hui le terrain politique et ne laissent plus guère d'espace au secrétaire général.

Constante

On observe toutefois une constante. Depuis le socialiste fribourgeois Jean Riesen dans les années 60, les secrétaires généraux ont échoué régulièrement à se faire élire par le peuple. Politiciens professionnels avec une forte visibilité dans la classe politique fédérale, il leur manque l'indispensable ancrage dans la base électorale cantonale dont bénéficient les élus de leurs partis respectifs. Jean-François Steiert vient d'en faire une nouvelle fois la démonstration en échouant à se faire élire à l'exécutif de la Ville de Fribourg.