Philipp Stähelin, président du PDC, a beau nier toute volonté de vengeance par rapport à la récente attaque du PS contre le conseiller fédéral démocrate-chrétien Joseph Deiss, sa lettre ouverte à Moritz Leuenberger semble bien empreinte de stratégie électoraliste. Se basant sur un rapport d'experts indépendants hollandais rendu public le 1er juillet, le PDC s'en prend violemment à la politique de sécurité aérienne menée par Moritz Leuenberger. Philipp Stähelin va jusqu'à revendiquer des mesures disciplinaires et réclamer la tête d'Andreas Auer, chef de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC). Or le Département des transports (DETEC), qui a mandaté les experts hollandais, a, sitôt les conclusions du rapport connues, réagi. Il a ordonné des mesures pour combler les dysfonctionnements montrés du doigt. Parmi elles, la nomination de Markus Mohler comme délégué à la sécurité. Directement subordonné à Moritz Leuenberger, l'homme est chargé de lui soumettre un plan d'action d'ici à la fin des vacances. Des propositions seront ensuite faites au Conseil fédéral, à l'intention du parlement.

Questions en attente

Reto Nause, secrétaire général du PDC, insiste: «Nous ne cherchons pas à contre-attaquer le PS. Nos reproches sont fondés: nous avions déjà adressé un catalogue détaillé de postulats et de questions à Moritz Leuenberger en juillet 2002 et il n'a toujours pas répondu à nos attentes.» Et d'ajouter: «Si rien n'est entrepris rapidement, nous risquons de nouvelles catastrophes aériennes.»

Le PDC soupçonne surtout Moritz Leuenberger de vouloir minimiser les conclusions du rapport de 268 pages et exige que des mesures, ciblées, soient prises très rapidement. Réaction de Catherine Bellini, porte-parole du DETEC: «Le parti enfonce des portes ouvertes puisque nous ne contestons pas les conclusions des experts et que nous sommes précisément en train d'adopter des mesures pour une meilleure surveillance aérienne.»

Inspecteurs sous pression

Le rapport des experts hollandais fait état de dysfonctionnements graves. Il relève par exemple que des inspecteurs de l'OFAC auraient subi des pressions de la direction de l'office: certains ont déclaré avoir peur de perdre leur travail s'ils contrôlaient plus sérieusement certaines compagnies. Commentaire du PDC: «Ces faits sont ahurissants! Nous demandons que le nom des compagnies soit divulgué tout comme celui des personnes responsables des pressions.» Et de s'offusquer que dans une réponse à une motion Neirynck, le Conseil fédéral ait récemment relevé qu'il n'y avait pas d'indices laissant supposer que l'indépendance de l'OFAC et du Bureau d'enquêtes sur les accidents d'aviation (BEAA) ne soit pas garantie par rapport aux entreprises qu'ils surveillent. Le rapport met également le doigt sur le fait que Skyguide aurait publié des chiffres erronés dans son rapport annuel 2001. Les démocrates-chrétiens exigent qu'ils soient passés à la loupe afin de déterminer s'ils ont été sciemment falsifiés. Troisième point: le rapport relève des rivalités manifestes entre l'OFAC et le BEAA qui seraient la cause d'une gestion déficiente en matière de sécurité et, là encore, le PDC interpelle Moritz Leuenberger: «Des décisions concernant le personnel sont urgentes pour apaiser la situation.»

Les critiques sont fondées. Seul le plan d'action de Markus Mohler déterminera si les réformes proposées par le DETEC seront suffisantes. Reste qu'en envoyant sa lettre ouverte en priorité au journal télévisé alémanique et à la NZZ am Sonntag, Philipp Stähelin paraît surtout avoir cherché à affaiblir Moritz Leuenberger en mettant en exergue son talon d'Achille, plus que susciter des mesures, déjà amorcées. La personnalisation de la campagne électorale se fait toujours plus évidente: ces derniers jours, les piques à l'encontre de conseillers fédéraux sont légion.