politique

Sécurité alimentaire: les élus soutiennent une initiative qui laisse perplexe

Le Conseil national a décidé de soutenir l’initiative de l’Union suisse des paysans pour la sécurité alimentaire. Même si son application soulève de nombreuses questions

Personne n’est contre la sécurité alimentaire. Raison pour laquelle l’initiative de l’Union suisse des paysans (USP) a abouti en un temps records. Son parcours politique est cependant plus chaotique. Après le rejet du texte par le Conseil fédéral et par la commission de l’économie et des redevances, le Conseil national a retourné la situation et décidé mercredi de le soutenir par 91 voix contre 83 et 19 abstentions. L’abstention des Verts et quelques voix éparses de PLR romands ont favorisé ce revirement après sept heures de débat.

Cette initiative est un loup déguisé en chasseur de subventions, c’est un magasin libre-service pour paysans mécontents

En comparaison internationale, le niveau de sécurité alimentaire est déjà très élevé en Suisse. De plus, l’agriculture suisse a atteint, en moyenne ces trois dernières années, un niveau record de production. Mais le principal reproche des opposants concerne l’application du texte. Nombre d’intervenants ont rappelé que la notion de sécurité alimentaire est déjà inscrite dans la Constitution. Et d’autres instruments complètent le dispositif. «La protection des terres cultivables est bétonnée dans la loi sur l’aménagement du territoire», indique Isabelle Chevalley (VL/VD). La nouvelle législation «Swissness» ainsi que la charte sur la stratégie qualité sont aussi des soutiens à l’agriculture suisse. Pour Beat Jans (PS/BS), le Conseil national se prononce dès lors sur «une initiative qui ne changera rien ou dont nous ne savons pas ce qu’elle changera vraiment».

Et les opposants d’émettre de multiples craintes si la sécurité alimentaire devait être encore renforcée: augmentation de la production au détriment de l’environnement; hausse du prix des denrées alimentaires pour les consommateurs, nouvelle instabilité pour les agriculteurs le temps de mettre en musique l’initiative, protectionnisme accru, etc. «Dans une économie concurrentielle, l’agriculture doit l’être également et s’adapter aux changements», décrète Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH), directeur de l’USAM. Pour Martina Munz (PS/SH), cette «initiative est un loup déguisé en chasseur de subventions, c’est un magasin libre-service pour paysans mécontents».

Bataille d'arguments

Tout le lobby paysan et ses nombreux amis au PDC et à l’UDC sont montés au front pour défendre l’initiative de l’USP contre les salves provenant du PS et du PLR. Leurs arguments: la population augmente, les ressources vont se raréfier, les changements climatiques menacent la production, les marchés internationaux sont instables et imprévisibles, les terres agricoles fondent comme neige au soleil…

Directeur de l’USP, Jacques Bourgeois (PLR/FR) rappelle que le Conseil fédéral a reconnu la pertinence de l’initiative avant de changer d’avis. «Si les bases légales étaient suffisantes, pourquoi perdons-nous toujours des terres agricoles? Nous ne voulons pas augmenter le protectionnisme. Nous ne remettons pas en question nos engagements internationaux. Nous voulons garder la main sur le contenu de nos assiettes, offrir de meilleures conditions-cadres à l’agriculture et donner des perspectives aux familles paysannes suisses», explique-t-il en conclusion de ce long débat. Le Conseil des Etats reprend le dossier.

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