Maurice Tornay, nouveau président du gouvernement valaisan, est venu seul devant la presse pour présenter la nouvelle répartition des départements après l’élection de l’UDC Oskar Freysinger. C’est dans les sous-sols du Service de l’enseignement que se cachait ce dernier, en réunion avec ses nouveaux collaborateurs de la Formation et de la Sécurité. Autour de la table de l’apéritif se trouvaient les chefs de l’Enseignement, de la Jeunesse et du Sport… Ceux qu’Oskar Freysinger appelait de ses vœux durant sa campagne au Conseil d’Etat, fort de son expérience de professeur au collège. Mais la réunion comptait aussi Christian Varone, son ancien adversaire de campagne réintégré comme commandant de police malgré sa mésaventure turque. Ou encore Georges Seewer, chef du Service des établissements péniten­tiaires. Parce que si Oskar Freysinger a pu avoir ce qu’il voulait, l’Enseignement, il aura aussi dû accepter la ­Sécurité et le Service de la population et de la migration.

Pour certains, Oskar Freysinger a réussi à obtenir des départements importants pour lesquels il a des idées ou de l’expérience: «C’est au pied du mur que l’on voit le maçon.» Pour ses adversaires politiques, celui qui a construit son aura sur des thématiques sécuritaires devra assumer ses responsabilités. La charge semble en tout cas conséquente alors qu’Oskar Freysinger entend conserver en parallèle son mandat de conseiller national.

«Cette répartition est le fruit d’une négociation, c’est du donnant-donnant et je ne peux pas obtenir le 100% de ce que j’aimerais en étant le dernier venu au sein de gouvernement», reconnaît volontiers Oskar Freysinger, dans le petit corridor blanc, juste devant la salle de réunion. L’UDC devient donc le supérieur hiérarchique de Christian Varone. Oskar Freysinger a souvent dit qu’il n’y avait pas d’animosité personnelle entre eux. Mais Christian Varone a toujours défendu une vision plutôt préventive et humaniste de la sécurité. Alors que l’UDC en a une vision plus répressive. «Ce n’est pas vrai, estime Oskar Freysinger aujourd’hui. En privé, Christian Varone et moi avons toujours eu des points de vue très semblables. Et de toute façon, la sécurité c’est facile. Soit elle règne. Soit elle ne règne pas.» Restent la réintégration du commandant à son poste qui ne fait pas l’unanimité au sein de son propre corps et l’enquête pénale en cours à l’encontre du porte-parole de la police cantonale pour violation du secret de fonction qu’Oskar Freysinger devra gérer.

Il devra aussi poursuivre la réforme des prisons initiée par la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten. Et il se trouvera face à l’épineuse question de la migration et des centres de requérants d’asile. «Il y a eu une hésitation au sein du Conseil d’Etat pour savoir si ce service devait être rattaché à l’Action sociale ou à la Sécurité, explique-t-il. Finalement, c’est moi qui m’en chargerai.» Avec le risque d’être en porte-à-faux avec son parti, lequel s’est systématiquement élevé contre les centres de requérants ces dernières années. «Mon parti sera en confrontation avec moi, c’est clair, dit-il. Mais c’est la fonction d’un parti que de poser un regard critique sur l’action du gouvernement.»

L’UDC n’aura par contre pas la charge de la Culture, autrefois liée à l’Enseignement, et aujourd’hui confiée à la conseillère d’Etat PS. Pour éviter des confrontations avec les milieux culturels qui se lèvent depuis quelques jours pour réclamer un Valais «ouvert»? «Oskar Freysinger fait lui-même partie du milieu culturel», répond Maurice Tornay en faisant allusion à ses casquettes d’écrivain et parfois de musicien. «Il n’était donc pas opportun qu’il gère ce département.» L’UDC n’aura pas non plus L’EPFL Valais-Wallis, qui rejoindra le giron du PDC Jean-Michel Cina.

Avant de quitter son estrade, Maurice Tornay a souligné les trois principes qui régiront les actions du Conseil d’Etat: confiance, esprit d’équipe et confidentialité. Comme un avertissement au nouveau venu?

«La sécurité c’est facile. Soit elle règne. Soit elle ne règne pas»