«A ce stade, l'argent ne compte plus: la sécurité est une responsabilité morale.» Bernard Bornet, ancien conseiller d'Etat et président du conseil d'administration de la société Tunnel du Grand-Saint-Bernard SA, dit s'être montré «impitoyable» sur cette question depuis le tristement célèbre accident à Chamonix en mars dernier.

La société qui administre le tunnel du Grand-Saint-Bernard avec son homologue italienne ne semble pas lésiner sur les moyens: suivant les conclusions d'un rapport d'experts, elle va investir d'abord dans l'achat de matériel – nouveaux véhicules d'intervention notamment – pour un montant encore approximatif d'un demi-million de francs. Mais surtout Tunnel du Grand-Saint-Bernard SA s'apprête à renforcer son personnel de sécurité. Car c'était là l'une des principales lacunes pointées par les spécialistes: l'absence d'une équipe d'intervention apte à réagir 24 heures sur 24. En prime, la société engagera un «chargé de sécurité», poste mis au concours il y a quelques jours par voie de presse et dont les experts avaient souligné la nécessité. Ses principales tâches devraient consister à assurer la coordination, l'information ainsi que la formation continue du personnel. La planification et la composition des équipes d'intervention, le développement des procédures liées à la sécurité et enfin l'organisation des exercices d'intervention sont aussi au cahier des charges du futur collaborateur.

Jusqu'icil, c'était le directeur technique du tunnel qui assumait la responsabilité de la sécurité. Un directeur trop accaparé par les tâches administratives pour encadrer suffisamment le nouveau contingent: 4 personnes seront en fait choisies, dans les jours qui viennent, sur une soixantaine de postulants. «Les Italiens ont d'abord suggéré d'utiliser les sapeurs-pompiers des deux régions, explique Bernard Bornet. Mais nous avons su les convaincre d'opter pour une solution qui privilégie la polyvalence. Même stationnés à Bourg-Saint-Pierre, les pompiers auraient été encore trop éloignés du tunnel: il a été prouvé que pour être efficace, une intervention devait avoir lieu dans les secondes qui suivent le déclenchement du sinistre. Pas question non plus d'avoir des miliciens qui attendraient une éventuelle catastrophe en jouant aux cartes dans un local.»

«Le Saint-Bernard n'a rien

à voir avec le Mont-Blanc»

Il y aura ainsi au minimum trois personnes en faction dans le tunnel le jour et deux au moins durant la nuit. Pour autant, tient à souligner Bernard Bornet, «que ces décisions aient été prises moins pour des raisons techniques que pour faire face à tout ce qui est humainement prévisible». «Le Saint-Bernard n'a rien à voir avec le Mont-Blanc: à Chamonix passaient quotidiennement environ 2500 camions. Entre l'Italie et la Suisse, nous comptons actuellement 150 passages (120 avant la fermeture du Mont-Blanc). Par ailleurs, l'arrêt à la douane oblige les chauffeurs à récupérer avant la traversée, deux fois plus courte qu'au Mont-Blanc.» Depuis la catastrophe routière en Haute Savoie, les responsables de l'exploitation du tunnel italo-suisse ont dû faire face à des vagues d'appels téléphoniques d'automobilistes inquiets. «Une équipe de quatre personnes a été mobilisée pour tenter de rassurer nos correspondants, raconte Nestor Ronc, directeur de la société d'exploitation SISEX. Nous avons notamment donné des renseignements sur la longueur et la fréquentation du tunnel, la présence d'une cheminée en son milieu, l'emplacement des bornes de secours. Et en général, cela suffit à tranquilliser les voyageurs. Le fait d'être un passage fréquenté principalement par un trafic touristique est une chance, les accidents causés par les automobiles sont plus facilement maîtrisables.»

Le directeur de la société d'exploitation remarque encore que, depuis l'incendie qui a fait une quarantaine de victimes dans le tunnel du Mont-Blanc, les conducteurs roulent beaucoup plus prudemment, respectent les distances. «Ce que nous voulons faire, c'est maintenir cette vigilance nouvelle. Aussi nous distribuons, et continuerons de le faire, un dépliant explicatif. Moi-même, comme utilisateur régulier, je me comporte différemment dans la galerie.»

Malgré les nouvelles mesures sécuritaires et les tentatives entreprises pour apaiser les craintes des automobilistes, nombre d'entre eux préfèrent encore emprunter le col plutôt que le tunnel. Mais, selon Nestor Ronca, ce choix ne s'explique pas «un syndrome Mont – Blanc».