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La conseillère d'Etat Barbara Bär devant l'hôtel qui devait être transformé en centre d'accueil pour réfugiés. (Keystone)
© URS FLUEELER

Asile

A Seelisberg, une fronde villageoise a raison d'un projet de centre pour requérants

Dans un climat tendu, le gouvernement uranais renonce à transformer un hôtel en centre d'accueil dans ce village. Un cas emblématique des difficultés des cantons à trouver le soutien des communes pour créer des places d'accueil

Une séance d’information avortée, une conseillère d’Etat insultée et une pluie de critiques: le projet de centre pour réfugiés dans la commune de Seelisberg, à Uri, a tourné au désastre. Après des semaines de tensions, le gouvernement cantonal annonce ce mardi qu’il fait marche arrière et renonce, pour le moment, à transformer un hôtel en lieu d’accueil pour réfugiés. 

Lire aussi: Le gouvernement uranais renonce à un centre de requérants d'asile à Seelisberg

D’une part, le canton n’est pas en manque de place. Le nombre de requérants d'asile attribués à Uri cet été reste en dessous des pronostics, indique l’exécutif dans un communiqué. Surtout, les autorités veulent «rétablir la confiance» au sein de la population, avant de plancher sur une stratégie pour créer de nouvelles structures d’accueil. Des habitants de Seelisberg, ainsi que des représentants des autorités cantonales et communales devront se réunir bientôt autour d’une table-ronde, avec un médiateur externe.

Comité d'opposition

Car la tension est grande, à Seelisberg. Le 21 juillet, la population apprend, via un tous-ménages, que le canton entend transformer l’hôtel Löwen au cœur du village en centre d’accueil pour requérants d’asile d’une capacité de 60 places. Une séance d’information est planifiée au 4 août. Entre-temps, une poignée d’habitants fonde un comité d’opposition, les esprits s’échauffent. On évoque, pêle-mêle, les risques pour la sécurité des enfants, ou pour l'image de cette région touristique. Quelque 400 personnes, plus de la moitié du bourg de 700 âmes, se présentent au rendez-vous avec les autorités.

Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités et à accueillir des réfugiés. Mais pas dans ces conditions.

Ils sont là avant tout pour manifester leur colère contre la conseillère d’Etat PLR Barbara Bär, responsable des Affaires sociales. Le débat est si houleux que la séance est interrompue. Depuis, l’élue essuie chaque jour de nouvelles critiques, jusqu'au sein de son propre parti, qui lui reproche d'avoir mal communiqué. Le chef de l’exécutif de Seelisberg s’est rangé derrière le comité d’opposants qui dénonce un «diktat cantonal»: «Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités et à accueillir des réfugiés. Mais pas dans ces conditions. Nous avons été mis sur le fait accompli. Le canton doit négocier avec la population», explique Karl Huser-Huong, président de Seelisberg.

La situation rappelle celle de Fribourg et du centre de la Gouglera, choisi par la Confédération pour accueillir 300 réfugiés, un projet très contesté par la population locale. Lors d’une soirée d’information, au milieu des huées et des sifflets d’une assemblée, un homme avait adressé des menaces de mort à la conseillère d’Etat aux Affaires sociales, Anne-Claude Demierre.

Les stratégies des cantons

Ces cas illustrent la difficulté des cantons à trouver du soutien, dans les petites communes, pour créer des places d’accueil. Les requérants d'asile sont répartis selon une clé déterminée par l’administration fédérale, en fonction de la population de chaque canton. Avec 0,5%, Uri est l’un de ceux qui accueille le moins de réfugiés en Suisse (contre 17% à Zurich). A Seelisberg, on n'en a jamais vu, indique le président de la commune. Les peurs se cristallisent sur le nombre de réfugiés, lorsqu'il est jugé disproportionné par rapport à la population, ou le fait que ce sont de jeunes hommes et non seulement des familles qui sont attendus. Pour les désamorcer, Reto Lindegger, directeur de l’Association des communes de Suisse, souligne l’importance d’une coopération entre les autorités: «Sans l’accord de l’exécutif communal, l'opposition est courue d’avance». 

La liste d’exemples est longue. A Bettwil, en Argovie, les villageois s’étaient opposés en 2011 à un projet de centre pour requérants d’asile dans un cantonnement militaire, conçu pour 140 personnes. Les autorités cantonales avaient fini par renoncer. Certains Etats ont opté pour la manière forte. Mi-juin, l’exécutif genevois adoptait un règlement lui permettant de réquisitionner les abris PC pour y loger des migrants.

Plusieurs cantons alémaniques réclament de leur côté une contrepartie financière aux communes qui ne créent pas suffisamment de places d’accueil. En Argovie, ce montant est passé au début de l’année de 10 à 110 francs par place manquante. La mesure porte ses fruits: «Alors qu’auparavant, près de la moitié des 213 communes du canton ne remplissaient pas les quotas d’accueil déterminés par le canton, elles sont moins de dix actuellement», précise Balz Bruder, du Département de la santé et des affaires sociales. 

Cohabitation pacifique

Parfois, le conflit débouche sur un vote populaire, comme à Obwerwil-Lieli, en mai. Ce village argovien s’est distingué en inscrivant à son budget 290 000 francs annuels destinés à couvrir la participation exigée par le canton, plutôt que d'accueillir neuf personnes. Cette décision, bien qu’adoptée à la majorité par le conseil villageois, avait suscité de vives oppositions parmi les habitants. En guise de «compromis», l’exécutif a fini par décider, le mois dernier, d’accepter la venue de cinq réfugiés. Son président, l’UDC hardliner Andreas Glarner, a toutefois posé cette condition: que ce soit une famille syrienne. L’homme, responsable de la politique d’asile de son parti, en a fait un cas d’école, exhortant toutes les communes de suisse à s'opposer, comme lui, aux demandes des autorités cantonales en matière d'accueil. 

Certains cantons, toutefois, sont parvenus à renverser la vapeur. Comme au Grisons, où une série de contestations contre des projets de centres ont laissé place à une cohabitation pacifique entre réfugiés et habitants. Laax, par exemple, avait été le théâtre d’une âpre bataille, avant de voir s’ouvrir un centre pour requérants d’asile pour 100 personnes dans un hôtel. Une fois le centre devenu réalité, les esprits se sont calmés, affirme Marcel Suter, président de l’Association des services cantonaux de migration et responsable du dossier pour son canton: «Une partie du succès tient au programme d’occupation que nous avons mis en place. Les requérants doivent suivre des cours de langue et une formation. Et ils sont employés à nettoyer les chemins et les forêts, contre rémunération. Ce programme ne convainc pas seulement la population locale, il est très apprécié des requérants: nous avons davantage de demandes que de places disponibles.»

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